A89 de Balbigny à La Tour de Salvagny : une autoroute respectueuse de la biodiversité

Par Bernard M.
Publié le 26 novembre 2012 à 13:57

VINCI Autoroutes a mis en place un programme complet de protection de l’environnement dans le cadre des travaux de construction de la section Balbigny (Loire) - La Tour-de-Salvagny (Rhône) de l’autoroute A89, sur le réseau ASF. La semaine dernière, à l’occasion d’une « journée environnement », les représentants d’une dizaine d’associations de protection de la nature ont découvert l’ensemble des réalisations innovantes de protection de la biodiversité et ont assisté en avant-première à la pose d’une passerelle à chauve-souris de 40 tonnes et de 40 m de long. Une charte environnementale signée avec les associations locales de protection de l’environnement La section de l’A89 Balbigny-La Tour de Salvagny s’inscrit dans une démarche de préservation des espaces naturels. Les enjeux de biodiversité y étant considérables, les associations locales de protection de l’environnement et les ingénieurs d’ASF se sont rassemblés au sein d’un Comité Environnement. Ce partage d’expériences a permis d’élaborer une charte d’actions et d’engagements en faveur de l’environnement. Cette charte prévoit un dispositif complet de mesures environnementales à destination de chaque espèce et site sélectionnés. Ce dispositif fera l’objet d’un suivi régulier de la part de VINCI Autoroutes. Assurer la continuité biologique Sur les 50 km d’autoroute, la continuité biologique transversale est maintenue grâce à la création de différents types d’ouvrages, - 8 viaducs et 3 tunnels, représentant une longueur totale de près de 8 km, qui offrent une transparence biologique totale ; - 6 passages grande faune pour chevreuils et sangliers et 20 passages petite faune pour blaireaux, renards, fouines, martres, batraciens qui s’ajoutent aux 47 ouvrages hydrauliques de rétablissement des cours d’eau et aux 35 ouvrages de rétablissement de voiries locales et passages agricoles également empruntés par la faune. - un ouvrage hydraulique spécifique pour le passage des écrevisses à pieds blancs : 8m de haut, 9m de large, 90m de long, et permettant la reconstitution du lit de la rivière - L’optimisation du positionnement des clôtures pour favoriser la création de corridors biologiques Compenser lorsque l’évitement n’est pas possible ou la réduction des impacts n’est pas suffisante De nombreuses mesures compensatoires ont été réalisées sur les cours d’eau et en faveur des zones humides. Il s’agit là de compenser le busage et l’enrochement de linéaires de cours d’eau, ainsi que la destruction de zones humides. Pour les cours d’eau, les travaux peuvent être de différentes natures : arasement de seuils (obstacle à la libre circulation des poissons et écrevisses), plantations en bordure de cours d’eau pour ombrager et limiter le réchauffement de l’eau et créer des caches en berges, Pour les zones humides, l’objectif est de sécuriser dans le temps, par l’achat ou le conventionnement (avec le monde agricole par exemple), des espaces d’intérêt écologique par une gestion adaptée. Les espèces présentes sur le parcours de l'A89 témoignent de la richesse de la faune locale : Le Crapaud Sonneur à ventre jaune, le Crapaud accoucheur, la Grenouille agile, le Triton alpestre, la Salamandre tachetée pour les amphibiens, le Cuivré des marais, le Petit Mars changeant, le Criquet des roseaux et le Criquet ensanglanté, le Leste sauvage et le Leste verdoyant, l'Aeschne paisible, l'Orthétrum bleuissant, le Gomphe à pinces, le Cordulégastre annelé, pour les insectes, le petit Rhinolophe, la Barbastelle, le Minioptère de Schreibers, le Murin à oreilles échancrées pour les chauves-souris et l'écrevisse à pattes blanches. Préserver les chauves-souris : 2 galeries et 2 passerelles à chauves-souris La région Rhône-Alpes héberge 29 espèces de chiroptères, 12 d’entre elles étant répertoriées à proximité de l’A89. Ces espèces sont toutes protégées en France, notamment la Barbastelle, dont la colonie présente sur la zone du projet A89 est l’une des plus importantes de France. En amont, le réseau ASF a mis en place une vaste campagne de repérage et de marquage des arbres à cavité sur le futur chantier de l’A89 durant les étés 2007 et 2008. Equipés d’endoscopes fournis par le réseau ASF, les responsables de la FRAPNA Rhône ont marqué puis ausculté les arbres susceptibles d’héberger des chauves-souris avant abattage pour récupérer et donc préserver les chauves-souris. Parallèlement, la réalisation de galeries artificielles pour les chauves-souris est une grande première dans le secteur autoroutier, la nécessité étant de créer un milieu le plus proche possible d’une cavité du type « grotte » ou « arbre creux » pour reproduire leur habitat naturel. Tous les besoins caractéristiques des chauves-souris ont donc été pris en compte : des températures basses et stables, un taux d’humidité élevé, proche de la saturation et beaucoup de calme. Les emplacements des galeries ont été choisis en raison de leur situation stratégique proche d’un site d’hibernation (en hiver) et de chasse (en été). Pour trouver sa route, la chauve-souris utilise la technique du sonar. L’objectif est de guider les chauves-souris en reconstituant leur route de vol, faciliter leur passage d’un habitat à un autre et éviter les collisions avec les véhicules. Sur deux couloirs de vol identifiés dans la Loire, deux passages ont vu le jour au dessus de l’autoroute pour permettre leur passage en toute sécurité. Une idée, simple au départ, qui au fil des échanges, s’est enrichie et développée pour prendre en compte de nombreuses contraintes techniques, les spécificités des chauves-souris mais aussi les conditions météorologiques de la zone et l’entretien de l’ouvrage. Le projet a abouti à un véritable ouvrage d’art supérieur composé d’une structure avec une partie horizontale en tôles continue formant un corridor. Le réseau ASF a également mis en œuvre un second dispositif innovant, un « tremplin vert », remblais de terre montés de part et d’autre de l’autoroute, plantés d’arbres et d’arbustes. Protéger la ressource en eau La section Balbigny / La Tour de Salvagny croise de nombreux cours d’eau et leurs milieux naturels associés. Dès les premières études, les différents impacts sur les milieux naturels traversés ont été identifiés. Dans le respect de la loi sur l’eau de 1992 et des engagements de l’État en faveur de l’environnement, le réseau ASF a obtenu l’autorisation nécessaire pour démarrer les travaux de construction par arrêtés préfectoraux en Juin 2008. La prise en compte de la ressource en eau pendant les travaux et pendant la vie de l’autoroute s’est notamment traduite par : - La mise en place d’un assainissement provisoire, durant la phase travaux, comprenant de multiples fossés et bassins de traitement est mis en place ; 4 stations de traitement des eaux de chantier, 2 au tunnel de Violay et 2 dans la vallée du Boussuivre - La création de 42 bassins définitifs qui, à la mise en service de l’autoroute, récupèreront l’ensemble des eaux issues de la plateforme autoroutière. Ces bassins sont multifonctions. Écrêteurs d’orages, ils limitent les risques de débordement des rivières ; décanteurs, ils retiennent l’eau de ruissellement jusqu’à ce que les produits polluants fixés sur les matières en suspension soient précipités par simple gravité ; déshuileurs par un système de siphon qui empêche les huiles de rejoindre le milieu naturel. Conserver un milieu naturel sensible - Des clôtures opaques (à la parisienne) ont été installées en pleine nature pour protéger le milieu naturel sensible et ceinturer le chantier - Le positionnement des clôtures a été optimisé pour favoriser la création de corridors biologiques - 120 mares de substitution ont été créées pour remplacer celles détruites situées sur le tracé de l’autoroute. Avant destruction des mares existantes, tous les batraciens sont pêchés puis relâchés dans les nouvelles mares. - Une zone humide a été créée. Zoom sur l’écrevisse à pieds blancs, une espèce protégée Toute une série de mesures a été mise en place en concertation avec les associations, notamment sur deux ruisseaux, le Gand (42) et le Boussuivre (69) : - Mise en place de bassins de rétention pour récupérer, décanter et filtrer les eaux de ruissellement du chantier, - Revégétalisation rapide des talus de déblais, - Recréation de zones humides détruites, - Réhabilitation complète de centaines de mètres de ruisseaux. Au-delà de toutes ces mesures - et pour préserver l’espèce avec certitude - un petit groupe d’écrevisses, 70 de chaque ruisseau, a été prélevé avant les travaux et mis en élevage, afin qu‘une réintroduction soit possible. ASF a demandé au Muséum d’histoire naturelle de Besançon d’assurer leur reproduction. Depuis 3 ans, plus de 1 000 écrevisses sont nées en captivité. Devant le succès de l’élevage de l’écrevisse, le réseau ASF et ses partenaires le Museum d’Histoire naturelle de Besançon, l’ONEMA, la fédération de pêche du Rhône et la fédération de pêche de la Loire ont décidé de réintroduire des écrevisses bien au-delà de la zone du chantier, dans d’autres rivières situées dans la région qui ont perdu depuis des années leur population d’écrevisses à pattes blanches (sans lien avec le chantier). Ce sont au total 850 écrevisses réintroduites dans les ruisseaux Peisselay et le Gantet entre 2011 et 2012. Ces opérations doivent pour certaines rester exceptionnelles. Peu de retour d’expériences sont disponibles aujourd’hui, et c’est pourquoi le maintien des populations en place et la préservation de leur habitat demeurent encore leur meilleure protection. 2000 collaborateurs sensibilisés : Tous les collaborateurs amenés à intervenir sur le chantier, quel que soit leur travail, sont sensibilisés à la préservation de l’environnement. Ces actions de sensibilisation sont réalisées par les associations de protection de la nature. Au total, 2000 personnes ont assisté aux séances de sensibilisation tout au long du chantier.