Avec le Crédit Agricole , toutes les banques françaises sont en passe de se défaire des aides de l'Etat

Par Bernard M.
Publié le 22 octobre 2009 à 15:05

Le Crédit Agricole va restituer dans quinze jours les 3 milliards d'euros de titres hybrides souscrits par l'Etat. Début novembre, les banques françaises devraient avoir remboursé 13,3 des 19,8 milliards d'euros prêtés par les pouvoirs publics. Face aux polémiques que suscite cette émancipation, elles promettent de tenir leurs engagements.

Il ne leur a fallu qu'un an pour s'affranchir de la puissance publique. Les six banques françaises qui avaient bénéficié après la faillite de Lehman Brothers du plan de soutien au secteur sont désormais toutes en passe de retrouver leur autonomie. Le Crédit Agricole a fermé le ban en indiquant hier qu'il restituerait dans deux semaines l'intégralité des 3 milliards d'euros de quasi-fonds propres apportés par l'Etat. BNP Paribas et la Société Générale viennent de lancer des augmentations de capital massives pour en faire de même, tandis que le Crédit Mutuel a déjà réglé son chèque de 1,2 milliard d'euros.

BPCE, le groupe issu du rapprochement des Banques Populaires et des Caisses d'Epargne, procède de son côté à une émission obligataire afin de commencer à rembourser l'Etat. Mais il ne pourra le faire que très partiellement : il envisagerait, selon nos informations, de rendre 500 millions d'euros sur les 7 milliards d'euros reçus. Début novembre, les banques françaises devraient donc avoir remboursé 13,3 milliards d'euros à l'Etat, sur les 19,8 milliards d'euros prêtés au total, avec plus de 700 millions d'euros d'intérêts à la clef (voir ci-dessous). La structure de garantie souveraine mise en place pour aider les banques à se refinancer a par ailleurs été placée en sommeil en septembre.

N'est-ce pas trop tôt ?


Ce faisant, les banques françaises participent à un mouvement plus large en Europe visant tout à la fois à se défaire des aides publiques et à augmenter leurs fonds propres, en quantité comme en qualité. « Avec le rebond des marchés d'actions et la réouverture du marché des titres hybrides, qui leur était complètement fermé il y a un an, les banques ont profité de conditions de marché favorables, résume Bernard de Longevialle, responsable du secteur bancaire chez Standard & Poor's. En substituant des ressources de marché aux ressources publiques, elles envoient un signal clair aux investisseurs, montrant qu'elles sont capables de se passer du soutien de l'Etat et de tenir sur leurs deux jambes. »

Mais, ce faisant, les banques françaises prennent aussi le risque de raviver les polémiques sur les recettes manquées de l'Etat ou sur l'incapacité des pouvoirs publics à les contrôler. Afin d'y remédier, elles ont toutes promis de respecter leurs engagements qui courent jusqu'à la fin de l'année. Elles prévoient ainsi d'augmenter leurs encours de crédits de 3 % en 2009, Bercy les ayant incitées à dynamiser leur offre. Elles appliqueront également les nouvelles règles en matière de rémunération. Celles qui proscrivent l'attribution de stock-options et d'actions gratuites pour les dirigeants et celles qui encadrent les bonus des traders.

Reste une question : les banques françaises ne se sont-elles pas privées trop tôt de l'appui des pouvoirs publics ? « Il est vrai qu'il y a encore des incertitudes économiques très importantes ; nous attendons le pic des pertes de crédit pour les banques en 2010, estime Bernard de Longevialle. Cela dit, les scénarios les plus noirs qui étaient envisagés en début d'année semblent s'éloigner. Et nous pensons que le plus gros est passé pour les pertes financières liées aux actifs les plus risqués - CDO, monoline, etc. Les banques françaises peuvent donc traverser cette crise avec leurs propres forces. »

Compte tenu des exigences accrues des régulateurs, elles devront certainement continuer de renforcer leurs fonds propres dans les deux ans qui viennent. Mais elles devraient pouvoir le faire sans l'appui de l'Etat.