Cérémonie nationale d'hommage à Dreyfus

Cérémonie nationale d'hommage à Dreyfus
Par Bernard M.
Publié le 12 juillet 2006 à 17:13

Jacques Chirac a rendu l'hommage de la République à Alfred Dreyfus, aujourd’hui mercredi, lors d'une "cérémonie nationale" à l'Ecole militaire, à Paris, l’endroit précis où ce capitaine, injustement accusé de trahison, avait été publiquement dégradé en … 1895.

Le président a affirmé que la réhabilitation de Dreyfus était "la victoire de la République", "la victoire de l'unité de la France". "La tragédie du capitaine Dreyfus (...) continue à résonner fortement dans nos cœurs. Après avoir divisé le pays, elle a contribué à fortifier la République", a scandé le chef de l’Etat tout en ajoutant qu’ "elle fut le creuset où finirent de s'élaborer les valeurs humanistes de respect et de tolérance, des valeurs qui, aujourd'hui encore, constituent notre ciment".
Des déclarations fortes et porteuses de symboles de démocratie et d’humanisme ne peuvent qu’être saluées surtout en cette période terrible que nous traversons, surtout lorsque le chef de l’Etat, également chef des Armées, se voit être critiqué pour cette légitime réhabilitation au motif que l’armée n’a pas à reconnaître ses erreurs.



Est-ce la raison pour laquelle son prédécesseur, François Mitterrand, ne l’a jamais fait bien qu’il fût si souvent sinon enjoint à tout le moins invité ? Pas sûr …



D’autres paramètres, plus sérieux et plus graves expliquent sans doute que l’un ait tenté d’humaniser Pétain tandis que l’autre rendait, certes tardivement mais le faisait quand même, un hommage vibrant à un officier français dont la confession, notamment, avait servi de prétexte à la spirale de déclin et de déchéance dans laquelle il a fini.


"Dreyfus est une victime, certes d'un courage exceptionnel, mais une victime, et le propre du héros c'est d'avoir le courage de choisir son destin", a ainsi déclaré M. Robert Badinter, estimant que "le héros de l'affaire Dreyfus, c'est Zola et il est au Panthéon".



En revanche, l'historien Vincent Duclert, biographe de Dreyfus, a estimé que le choix du Panthéon aurait été le "symbole de la reconnaissance du courage civique du capitaine Dreyfus, d'une volonté de diffuser des idéaux démocratiques et de se donner les moyens de lutter plus efficacement contre l'antisémitisme en honorant la justice".



Quant à l'ancien ministre socialiste, Jack Lang, militant lui aussi de longue date pour le transfert du capitaine au Panthéon, il a fort intelligemment infléchi sa position, demandant désormais à Jacques Chirac d'ordonner l'installation de la statue de Dreyfus, signée Tim, dans la cour d'honneur de l'Ecole militaire.



Une manière non ambiguë de tourner la page, même dans les rangs les plus élevés de la « Grande Muette » …