Cigarettes en baisse, chicha et narguilé en hausse
Publié le 25 mai 2007 à 10:57
Forts du "succès" de la lutte contre la cigarette, hors la loi dans les entreprises et la plupart des lieux publics depuis le 1er février, les experts s'inquiètent de la vogue croissante de la chicha ou narguilé chez les jeunes
D'après les enquêtes conduites par 144 médecins du travail volontaires, le pourcentage de salariés déclarant travailler dans des lieux totalement non-fumeurs est passé de 42% en janvier à 71% en février, 80% en mars et un peu plus de 78% en avril. Il atteint 88% dans les lieux d'enseignement, 92% dans les établissements de santé.
"Dans les écoles, ils ne savent même pas que c'est du tabac", commente le Pr Bertrand Dautzenberg, président de l'Office français de prévention du Tabagisme (OFT) à propos de cette nouvelle vague.
Selon l'enquête 2007 Paris sans tabac conduite sur 2% des collégiens et lycées de la capitale avec l'Académie de Paris et la caisse primaire d'assurance maladie, 53% des élèves de 16 ans ont déjà fumé la chicha, le taux atteint 76% chez les jeunes de 19 ans.
Or la fumée de narguilé est toxique, d'autant plus que le volume inhalé est "colossal", insiste d’ailleurs le Pr Dautzenberg.
L'intoxication au monoxyde de carbone (CO) – qui se fixe de manière irréversible sur l’hémoglobine du sang - lors d'une seule chicha équivaut, pour les fumeurs, à celle pour 40 cigarettes, ajoute-t-il, soulignant aussi les dangers de la "chicha passive": passer une heure dans un bar à chicha sans fumeur c'est pareil que fumer six ou sept cigarettes, en ce qui concerne le CO.
Deux cas d'intoxications aiguës au monoxyde de carbone, ayant entrainé un coma et nécessité des soins en caisson hyperbare, ont même été constatés à Toulouse, a-t-il noté.
Egalement toxique à cause des millions de microparticules libérées dans l'air des bars (jusqu'à 1.400 microgrammes/mètre cube pour les PM de 2,5 microns alors que la norme maximale est de 25 mcg/m3), la chicha est toutefois moins concentrée en nicotine que le tabac des cigarettes.
Mais 90% des jeunes consommateurs de chicha n'envisagent pas d'arrêter, souligne le Pr Dautzenberg, invitant à les alerter sur les dangers et à préparer l'application en janvier de l'interdiction de fumer dans les bars, y compris ceux où l'on fume la chicha.