François Bayrou entre officiellement en dissidence

Par Bernard M.
Publié le 15 mai 2006 à 09:58

En annonçant qu'il votera la censure avec la gauche, François Bayrou donne le coup d'envoi à sa candidature pour 2007

"Ce qui ne peut pas durer, c'est au sein du gouvernement, ce noeud de haine que l'on voit entre les principaux responsables de l'Etat et la mise au service de cette haine de ce que l'Etat a de plus sensible, les services secrets", a-t-il ajouté.



La motion de censure, qui dénonce "l'implication de l'exécutif dans la ténébreuse affaire Clearstream", n'a aucune chance de passer, car l'UMP détient la majorité absolue avec 354 élus et 10 apparentés, sur un total de 577 députés. L'UDF compte 27 députés et 3 apparentés.



Mais M. Bayrou a affirmé que "les députés peuvent, en leur âme et conscience, personnellement, sans avoir à obéir à aucun ordre", mettre fin à ce qu'il a qualifié de "déliquescence", d'"effondrement de l'Etat".

Il a souhaité que le groupe UDF vote la motion de censure, reconnaissant qu'un "grand nombre" de députés "hésite à sauter ce pas". Mais selon lui, il n'y a "aucun risque de division" du groupe UDF sur cette question.



Evitant d'aborder les risques de fracture au sein de la droite, M. Bayrou a souligné la gravité exceptionnelle de la situation actuelle, affirmant que "tous les Français, de gauche, du centre et de droite, veulent que ça s'arrête".



En juin 2005, seuls neuf députés UDF avaient voté la confiance au gouvernement de Dominique de Villepin. Et en octobre de la même année, M. Bayrou avait fait voter un peu plus de la moitié des députés de son groupe contre le volet recettes du projet de budget 2006, affranchissant déjà le parti centriste de l'UMP.



En annonçant cette décision dimanche, François Bayrou marque son identité de candidat à la présidentielle de 2007, même s'il n'a pas encore annoncé officiellement ses intentions.

Tout le week-end, il s'est efforcé de convaincre ses députés que sa démarche devait être comprise "non comme celle d'un chef de parti, mais comme celle du candidat" à la présidentielle, avait-il expliqué à l'AFP.



M. Bayrou aurait préféré déposer lui-même une motion de censure, plutôt que d'être contraint de rejoindre les rangs socialistes. "Hélas, un groupe doit compter au moins 10% des députés pour déposer une motion", rappelait-il.



Reste à savoir combien de députés le suivront dans cette décision audacieuse, qui risque de les mettre en porte-à-faux dans leur circonscription.

"On est dans un pays coupé en deux" entre la droite et la gauche, et "il est très difficile de tourner la page" pour les députés UDF habitués à voter avec la droite, confiait samedi M. Bayrou.



Mais "il ne s'agit pas de voter une motion avec la gauche, mais de dire au chef de l'Etat et du gouvernement qu'on ne peut pas continuer comme ça", a plaidé de son côté le député UDF Rudy Salles, interrogé par l'AFP dimanche.

"Ne pas voter (la motion), c'est se mettre à dos tous les électeurs qui nous ont élus pour qu'on ne ferme pas nos gueules", a-t-il ajouté, affirmant que si le vote se déroulait à bulletins secrets, "certains députés UMP en feraient autant".