Grosse fatigue et grosse déprime

Grosse fatigue et grosse déprime
Par Bernard M.
Publié le 23 avril 2008 à 20:07

A l’appui de sa dernière vague d’enquête relative au « nouveau baromètre de l'économie », BVA et ses partenaires,

La Tribune, BFM et The Phone House, scindent désormais en deux les thématiques ceci afin d'approfondir et de spécialiser les questions.
… ayant l'ambition de refléter le moral mais aussi les anticipations économiques futures, le pouvoir d'achat, la vie des entreprises, des marchés et/ou de secteurs économiques particuliers à l'instar des nouvelles technologies de l'information et de la communication.
Dans la continuité des médiocres résultats enregistrés au fil des mois ce nouveau baromètre de l'économie met en relief un pessimisme vraiment exceptionnel, avec des indices de défiance tout à fait spectaculaires ! On les retrouve aussi bien au niveau micro que macro ce qui signifie que le moral est dans les chaussettes tant sur l'avenir économique que sur l'avenir du pouvoir d'achat. Ce retournement est en outre amplifié par la très forte poussée d'optimisme de juin 2007, intervenue au lendemain de l'élection de Nicolas Sarkozy, un élan qui ne pouvait que logiquement s'inverser mais pas nécessairement avec une telle amplitude.  Car l'indice de confiance économique des Français se situe à un niveau presque trois fois inférieur à celui pourtant déjà très bas d'avant l'élection présidentielle ! Concrètement, les chiffres sont assez édifiants : en effet, depuis déjà plusieurs semaines, plus de quatre français sur cinq se déclarent " moins confiants " en l'avenir pour ce qui est de la situation économique du pays. Seuls 12% - d'ailleurs lesquels ? – positivent et se déclarent " plus confiants ". En termes d'indices (i.e. " plus confiants " - " moins confiants "), cela donne une différence de 71 points pour l'avenir économique du pays et de 37 points en ce qui concerne son propre avenir ! Voilà, en tous cas, un indice global de confiance qui rejoint des abysses jusqu'ici inconnues. En outre, sur le plan sociologique, cet écart est certes modulé mais finalement assez peu car l'on retrouve un indice très largement négatif et ce dans toutes les catégories de population ! Si le « pompon » qui est de -61 revient aux CSP- il y a quand même de quoi légitimement s'inquiéter de voir ce même indicateur présenter un solde négatif de 52 points auprès des CSP+. Bien évidemment, ce sont les catégories populaires qui se montrent clairement les plus pessimistes, privilégiant – on peut le comprendre-  leur cas personnel.
En effet, dépassant les clivages et les opinions subjectives qui résulteraient d'un bilan des résultats économiques ainsi que sur la croissance, une croissance, rappelons-le, que le Président était prêt à « aller chercher lui-même », on assiste là à une réelle cristallisation de l'opinion sur ce thème central du pouvoir d'achat, un thème sur lequel d'ailleurs sera jugé Nicolas Sarkozy alors que lui-même s'est engagé à mettre cette question au cœur des enjeux politico-économiques, créant un élan qu'il a sans doute mal anticipé et évalué puisque l'emploi devançait largement cette question pourtant centrale auparavant. Cette glaise et cette boue rendent réellement le terrain impraticable puisque 88% des Français se sentent " moins confiants " sur l'avenir du pouvoir d'achat et que seulement 8% d'entre eux semblent avoir un avis inverse (là encore qui sont-ils ?) ; en revanche, l'ensemble fait un solde négatif en indice de confiance de -80 points ! On se croirait à la veille d'un séisme planétaire, d'une crise de 1929 ou d'une guerre mondiale …
Il n'est guère étonnant de constater aussi que les choix gouvernementaux de moins investir que prévu dans le RSA et de mettre en place un dispositif de contrôle renforcé des chômeurs correspondent aux attentes de l'opinion à ces sujets. Cela signifie deux choses : -  d'une part, le doute s'est durablement et tangiblement installé quant aux resquilleurs spécialisés en chasse aux prestations sociales, une gent qu'il faudra bien un jour « nettoyer au Kärcher », -  d'autre part l'impérieuse nécessité de ne laisser personne au bord de la route pour autant qu'il remplisse les critères d'un soutien public et de solidarité n'a jamais été aussi exacerbée. Hormis un clivage politique - évidemment retrouvé à ce sujet  avec 72% de soutien à droite contre  57% de rejet à gauche - on ne dénote pas, en revanche, de clivage sociologique majeur. Toutes les tranches d'âges et toutes les couches socioprofessionnelles convergent vers les mêmes idées et objectifs. En d'autres termes et en bref, sur ces points particuliers, le gouvernement peut compter, si l'on laisse de côté quelques cacophonies et autres atermoiements, sur le soutien de départ de l'opinion publique de l'an passé. Cette grogne cependant reste latente et laisse augurer de multiples et dispersées contestations médiatiques et/ou sociales qui pourraient, à la faveur d'une opportunité et une seule, s'unifier.
Dernier volet de cette étude, l'Observatoire trimestriel sur les NTIC, le constat est par son contenu très intéressant car il révèle une grande maturité de nos compatriotes sur les fameuses NTIC et leurs usages : - la taxation est jugée stratégiquement inepte, - la 4ème licence de téléphonie mobile ne séduit pas, - et seul, finalement, l'ordinateur à bas prix est perçu comme une solution de nature à  démocratiser l'accès à l'Internet et plus généralement aux services associés et à la connaissance. Parallèlement, la fiscalité introduite dans le secteur rencontre une opposition de plus en plus vive et structurée : en effet, la mise en place (ou l'étude en cours) de différentes taxes sur les produits technologiques, qu'il s'agisse de « l'écotaxe » en faveur de l'environnement, de « l'usage privé » qui consiste à taxer les téléphones baladeurs afin de compenser le manque à gagner lié au  téléchargement illégal de musiques sur Internet, ou l'éventuelle « taxe pour financer l'audiovisuel », qui consisterait à faire payer un peu plus cher l'abonnement Internet ou téléphonique afin de compenser la suppression de la publicité sur les chaînes de télévision et de radio publiques, bien que l'on s'attende naturellement à un avis défavorable puisque de prélèvements nouveaux il s'agit, la révélation de cette étude est que la quasi-totalité des personnes interrogées considère ces dispositions comme inutiles, malvenues, mal ciblées. Avec bon sens, le gouvernement se voit reprocher une politique de court terme alors qu'il est clairement invité à davantage cibler d'autres industries jugées, sans doute à juste titre, comme moins stratégiques pour l'avenir de notre pays. Et ce jugement n'est pas porté seulement par les catégories dites « branchées » – les jeunes et les CSP+ - mais par l'ensemble de la population ! Très concrètement, ces technologies ne sont plus perçues comme un symbole de caste ou de classe, un signe extérieur de « branchitude ». Ces technologies, matures, apparaissent désormais comme un besoin de première nécessité. Le seul thème fédérateur sur le sujet des NTIC est … le prix d'accès au nomadisme et à la mobilité avec une certaine « puissance » puisque les ordinateurs à bas prix, autour des trois cents euros, sont clairement plébiscités, ce qui explique d'ailleurs tout en le corroborant le succès mondial de l'Eee PC d'Asus. La question est donc purement économique et ne peut en aucun cas être corrélée avec d'autres critères – au demeurant plus subjectifs – liés aux compétences ou même aux technologies embarquées. A la lecture des chiffres et de l'interprétation qui peut être faite de cette étude, il est probable que le gouvernement et même l'exécutif puisse avoir le « bourdon » Jamais depuis des décennies l'ambiance, le moral, l'anticipation de la situation, personnelle comme générale, n'ont été aussi négatives et noires.
Il y a donc fort à parier que ce n’est pas par des discours – déjà programmés – et un retour symbolique sur le terrain que le chef de l’Etat ou son Premier ministre pourront rapidement inverser cette tendance lourde.   L’impatience est présente et semble s’être installée comme un paramètre politique nouveau sur lequel toutes les forces devront désormais compter, même si, consciemment ou non, chacun sait que Rome ne s’est pas construite en un jour et que donc un quinquennat pourrait s’avérer insuffisant pour être jugé sur pièce.   Toujours est-il que l’attente est forte, que les discours ont été entendus et que règne désormais l’incompréhension fort logique de ne pas voir dans les faits les promesses de campagne être transformées en avantages directs sur la vie quotidienne.   La déprime est installée. Et il fait gros temps sur le navire que tente de barrer le chef de l’Etat et son équipage.