Incident à l'Assemblée nationale …

Par Bernard M.
Publié le 20 juin 2006 à 19:22

… après que le Premier ministre ait traité M. Hollande de « lâcheté »

Le Premier ministre Dominique de Villepin a accusé mardi à l'Assemblée le premier secrétaire du PS François Hollande de "lâcheté". Un mot de trop qui lui aurait échappé en répondant à une question qu'il lui posait sur la gestion d'EADS mais déchaînant les protestations des socialistes. Ceux-ci ont carrément quitté leurs bancs.

"Je dénonce la facilité, et je dirai même en vous regardant, la lâcheté, la lâcheté qu'il y a dans votre attitude", a lancé le chef du gouvernement, suscitant de vives protestations. Plusieurs députés de l'opposition, debout, ont crié "Dehors! Démission!", en lui montrant la sortie.
M. Hollande lui avait demandé s'il renouvelait sa confiance au co-président d'EADS Noël Forgeard, sur la sellette depuis l'annonce par Airbus de retards de livraison de l'A380 et la controverse sur ses ventes d'actions.



Or, le gouvernement avait affirmé, mardi, qu'il voulait "remettre à plat" le pacte d'actionnaires franco-allemand du groupe EADS, un pacte « en crise » depuis l'annonce la semaine dernière par sa filiale Airbus du retard dans la livraison de son avion géant A380.


"En 2000, c'est vous (ndlr les socialistes) qui avez défini, avec Lionel Jospin le pacte d'actionnaires" d'EADS, a lancé le Premier ministre Dominique de Villepin au premier secrétaire du PS François Hollande à l'Assemblée nationale. "C'est votre responsabilité et nous remettrons les choses à plat", a-t-il encore - et à dessein - ajouté.



De plus, M. de Villepin s'en est pris également aux "contradictions" dans la question du premier secrétaire du PS mais en vain car le brouhaha ambiant était tel que questions et réponses devenaient carrément inaudibles.


Le Premier ministre a poursuivi, malgré l'agitation dans l'hémicycle, accusant l'opposition de n'avoir "jamais cessé de brader le service public" et de n'avoir "jamais été au rendez-vous de la politique de la nation".



Ce fut bien la réponse du berger à la bergère car M. Hollande, dans le préambule de sa question, n'avait pas mâché ses mots ! Il s’était même permis d’asséner au Premier ministre qu'il avait "perdu la confiance" auprès des Français comme de sa majorité.



Et d’enfoncer, à la masse, le clou : "cette confiance, vous ne la trouverez pas davantage dans les procédures judiciaires que vous intentez contre des journalistes", a-t-il ajouté, en référence à la plainte pour diffamation lancée lundi par le Premier ministre lundi contre trois auteurs d'ouvrages sur le scandale Clearstream.


M. Hollande malgré ces échanges n’avait rien perdu de sa verve : "jamais un Premier ministre n'y avait eu recours sous la Ve République", en poursuivant : "pas de confiance dans le pays, pas de confiance dans la majorité, pas de confiance dans la presse ; dans une démocratie digne de ce nom, le chef de l'Etat ou le Parlement aurait mis fin à cette situation", a-t-il conclu.
Après la suspension de séance par le président de l'Assemblée Jean-Louis Debré, M. Hollande a solennellement demandé à ce que le président Jacques Chirac "tire les conclusions" de l'incident, le premier secrétaire en appelant donc au « maître d’école » pour arbitrer cette bataille de cour de récré où M. de Villepin aurait "perdu son sang-froid" en l'accusant de "lâcheté". Na !