Israël restitue les biens des victimes de la Shoah

Par Bernard M.
Publié le 27 décembre 2005 à 08:51

Pour cela, la Knesset a voté une loi pour faciliter l'indemnisation des familles des victimes du génocide dont les avoirs avaient été confisqués

La Knesset, le Parlement israélien, vient de voter une loi après cinq ans d'efforts prévoyant la création d'une société gouvernementale chargée d'établir la liste des comptes bancaires, des terrains, des maisons, des appartements et autres biens qui appartenaient à des victimes des nazis.



Comment en-est t-on arrivé là ?



Dans les années 30, des milliers de Juifs allemands et autrichiens avaient investi en Palestine, placée à l'époque sous mandat britannique. Durant la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne avait saisi ces biens considérés comme «ennemis» dans la mesure où leurs propriétaires, bien que persécutés par les nazis, étaient ressortissants de pays en guerre.



A la création de l'Etat d'Israël en 1948, ces avoirs avaient été remis aux nouvelles autorités. Quelque

300 000 survivants des camps de la mort se sont ensuite installés dans le pays. Mais les biens confisqués ont été largement oubliés, jusqu'à la fin des années 90, et le scandale que provoqua la révélation de l'existence de comptes «dormants», appartenant à des victimes de l'Holocauste, dans les banques suisses.



Ce sont l'Agence juive et le Congrès juif mondial, qui menèrent campagne pour contraindre les établissements helvétiques à restituer les fonds.

Entre-temps, on s'avisa qu'Israël aussi avait des dettes à l'égard des survivants. Des députés israéliens, menés par la travailliste Colette Avital, exigèrent que leur pays suive l'exemple helvétique. Leur combat ne fut pas de tout repos. «Lorsque les survivants de l'Holocauste ou leurs héritiers ont pris contact avec les banques, celles-ci n'ont pas agi avec détermination en vue de retrouver la trace des comptes», déplore un rapport parlementaire. Autrement dit, elles ont traîné les pieds.



Avec le vote de la nouvelle loi, les choses sont censées bouger. «Ce n'est pas seulement une question d'argent, mais d'éthique et de morale pour l'Etat juif», a expliqué le député travailliste Michael Melchior, qui est rabbin.

Selon lui, la valeur totale des biens concernés avoisine 200 millions d'euros.

Aux termes de la loi, les actifs qui ne seront pas réclamés par les ayants droit seront versés à des institutions prenant soin des rescapés de la Shoah ou entretenant leur mémoire, tels que Yad Vashem, le Mémorial de l'Holocauste.



Pour préparer le terrain, une commission parlementaire a publié en début d'année (*) l'identité de 9 000 juifs victimes du génocide nazi, qui avaient ouvert des comptes en Palestine avant la Seconde Guerre mondiale.



* Voir le site www.knesset.gov.il