L'Imprimerie Nationale joue son avenir ...
Publié le 18 novembre 2005 à 13:43
.... sur les passeports électroniques
Equipé d'une puce où seront stockés photographie et état civil de son détenteur, exigé par les Etats-Unis pour entrer sur son territoire à partir du 26 octobre 2006, le document est l'objet d'une lutte sans merci.
Imprimeur de billets et maison mère d'un fabricant de cartes à puce, la société française François-Charles Oberthur est la mieux placée.
Ses deux concurrents, le consortium conduit par l'Imprimerie nationale avec Axalto et celui de Thales, allié à Sagem et EADS, ont été écartés.
Mais le contrat n'a toujours pas été notifié au gagnant «dans une volonté d'apaisement social», a justifié hier l'avocat du ministère de l'Intérieur.
Car il s'agit tout de même d'un marché de 3,5 millions de passeports par an.
Des recours ont été déposés près du tribunal administratif de Paris par des représentants des salariés de l'Imprimerie nationale. Les syndicats ont été déboutés le 26 octobre.
Hier, l'avocat du comité d'entreprise a défendu un deuxième référé soulignant l'impact de la perte du
contrat : un chiffre d'affaires réduit de 4,3 millions d'euros par an, 25 emplois supprimés.
Surtout, la validité de l'appel d'offres, lancé par le ministère de l'Intérieur, est contestée.
Selon l'Imprimerie nationale, la loi du 31 décembre 1993 lui donne le monopole de fabrication des passeports.
Et la CGT a de nombreux griefs vis à vis de Nicolas Sarkozy sa volte-face. L'actuel ministre de l'Intérieur a lancé l'appel d'offres. C'est aussi lui, en tant que ministre des Finances, qui avait approuvé en 2003 le plan social de l'Imprimerie nationale en échange du développement de nouvelles activités dans les passeports. Et c'est encore lui qui avait la tutelle de l'entreprise en décembre 1993 lors de son changement de statut. D'où aujourd'hui la déception de la CGT qui évoque un appel d'offres «sur mesure» en faveur d'Oberthur.
A la demande du ministère de l'Economie, la société a retiré quelques jours avant l'opération sa plainte à l'égard de l'Imprimerie nationale «pour distorsion de la concurrence» auprès de Bruxelles.
Président de l'Imprimerie nationale, Loïc de la Cochetière ne s'explique toujours pas le revirement : «Jusqu'en juillet, nous avons travaillé sur la photo numérisée. Et nous avons conseillé l'Intérieur pour le futur passeport électronique. Mais l'appel d'offres a été passé le 16 août, pour un dépôt des offres le 15 septembre.»
L'Imprimerie nationale espérait en particulier gagner le contrat de «personnalisation des passeports». Il devrait donc revenir à Oberthur. Une entreprise privée s'occupera ainsi de l'élaboration finale des passeports pour stocker les informations dans la puce. Et devrait avoir à gérer un fichier de données biométriques à partir de 2008.