L'hyperactivité de Sarkozy contraint Fillon à réinventer sa fonction
Publié le 27 juin 2007 à 09:44
Eclipsé par un Nicolas Sarkozy omniprésent et hyperactif, le Premier ministre François Fillon doit réinventer son rôle de chef du gouvernement et de la majorité.
Si le secrétaire général délégué de l'UMP Patrick Devedjian saluait mardi l'efficacité d'un "duo qui marche à merveille", certains décrivent à l'inverse un affaiblissement du rôle de Matignon.
"Le chef de l'Etat n'a pas à décider de tout, discuter de tout, commenter tout, concentrer tout (...) il y a peut-être un Premier ministre aussi", a ainsi ironisé le patron du PS François Hollande.
M. Fillon avait lui-même exposé en 2006 sa conception d'un Premier ministre en parfaite identité de vues avec l'Elysée, le président s'engageant en première ligne de l'action politique.
C'est de cette relation proche que le gouvernement tient sa capacité de réformer, expliquait-il en substance dans son livre "La France peut supporter la vérité".
"Il a certes théorisé cette présidentialisation du régime", note le politologue Dominique Reynié, "mais le fait de l'expérimenter, ce n'est pas la même chose.
D'après son prédécesseur Jean-Pierre Raffarin, François Fillon "va progressivement monter en ligne" avec "l'entrée en lice du Parlement": "On va voir le temps de Matignon s'affirmer après le temps de l'Elysée".
… sur fond de « réduction » du spectre d’action du Premier ministre
Selon lui, le quinquennat, l'inversion du calendrier électoral, la conception du pouvoir et la personnalité de Nicolas Sarkozy "travaillent à l'extinction progressive du poste de Premier ministre".
En revanche, tempère-t-il, François Fillon pourra en cas de difficultés "reconstruire la fonction de garde du corps, de paratonnerre" du président.
"Il n'est pas anormal que le président soit à la fois chef d'Etat et chef de gouvernement", expose à l'AFP l'ancien ministre socialiste Jack Lang, qui souhaite toutefois que cette évolution s'accompagne d'un renforcement du rôle du Parlement.
Le résultat mitigé du second tour a nui à son autorité sur la droite, d'autant plus qu'il a été rendu responsable en partie du ressac de l'UMP par ses déclarations sur une possible hausse de 5 points de la TVA.