Le Canada en contradiction avec le protocole de Kyoto

Par Bernard M.
Publié le 20 octobre 2006 à 15:52

Sur les gaz à effet de serre

Le gouvernement conservateur canadien a présenté jeudi un projet de loi visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre de moitié, mais seulement d'ici 2050 et sans cibles chiffrées avant une quinzaine d'années, ignorant ainsi le protocole de Kyoto.

Les écologistes canadiens, qui avaient dénoncé par avance le projet gouvernemental, ont critiqué l'absence d'objectifs à court et moyen terme du projet, sur lequel l'opposition a tiré à boulets rouges, jugeant que la lutte contre le changement climatique était remise aux calendres grecques.



"Ils ont tué Kyoto et pendant que les conservateurs consultent, notre planète est en train de mourir", a lancé le chef de l'opposition libérale Bill Graham, en accusant le gouvernement de copier les Etats-Unis, pendant qu'une députée parlait de "disgrâce nationale".



Le projet de loi sur "la qualité de l'air", déposé jeudi matin devant le Parlement, fixe un objectif de "réduction absolue des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 45% à 65% pour 2050 par rapport aux niveaux de 2003".



Il annonce également des mesures contraignantes de réduction des émissions pour l'industrie, mais celles-ci n'entreront pas en vigueur avant 2010, le gouvernement ayant prévu d'ici là une période de consultations avec l'industrie automobile et les autres secteurs polluants.



La ministre de l'Environnement Rona Ambrose a souligné que le gouvernement conservateur "était le premier gouvernement fédéral à imposer une réglementation obligatoire pour tous les secteurs de l'industrie dans l'ensemble du pays".



John Godfrey, responsable de l'environnement au parti libéral, principale formation d'opposition, a fait valoir que face à la menace du réchauffement de la planète, la "réponse était d'en faire davantage et plus vite, c'est-à-dire l'antithèse" de ce que propose le gouvernement.



Le protocole de Kyoto, ratifié sous le précédent gouvernement libéral, fixe pour le Canada un objectif de réduction de 6% d'ici 2012 des rejets de gaz à effet de serre, par rapport à leur niveau de 1990.



Mais les émissions de GES ont augmenté de près de 30% depuis cette date en raison notamment de l'exploitation très polluante des sables bitumineux en Alberta et le gouvernement conservateur a répété à plusieurs reprises qu'il ne pourrait atteindre cet objectif.



Interrogée sur le fait que le projet ne faisait pas mention du protocole de Kyoto, la ministre de l'Environnement Rona Ambrose a affirmé que le Canada n'avait pas abandonné le protocole.



Elle a ajouté que le projet canadien allait même au-delà du protocole en s'attaquant non seulement aux GES, mais aussi à la pollution de l'air pour préserver la santé des Canadiens.