Le couvre-feu divise les socialistes
Publié le 09 novembre 2005 à 10:24
L'instauration de l'état d'urgence et du couvre-feu va peut-être ramener le calme dans les banlieues mais en tous cas, cette mesure a réussi à diviser le Parti socialiste, et même la propre majorité de François Hollande.
Et ce en pleine campagne et à vingt-quatre heures du vote des militants......
Réuni hier soir, le Bureau National a été long, très long.... Et la ligne prudente choisie par le Premier Secrétaire actuel, visant à montrer un PS responsable dans une situation de crise, a été critiquée non seulement par ses adversaires au congrès, fabiusiens ou membres de NPS, comme Henri Emmanuelli ou Vincent Peillon, mais aussi par des membres de sa propre majorité, comme le maire de Lille Martine Aubry, ou le lieutenant de Dominique Strauss-Kahn, Jean-Christophe Cambadélis.
Martine Aubry a souhaité que le PS dise clairement s'il était pour ou contre le couvre-feu, et que pour ce qui la concerne, elle était tout à fait contre, selon des participants.
Hier matin, François Hollande, dans une interview au Parisien, affirmait qu'il ne voulait «rien faire qui puisse empêcher le gouvernement de retrouver les conditions d'un retour à l'ordre républicain». «Mais nous serons évidemment vigilants sur l'application de cette mesure qui ne peut être qu'exceptionnelle, limitée dans le temps et dans l'espace», ajoutait-il.
Ces précautions n'auront donc pas suffi à une bonne partie des socialistes. Et notamment aux maires de villes de banlieue venus hier s'exprimer devant le BN, comme celui de Bondy Gilbert Roger, celui de Clichy-sous-Bois Claude Dilain, ou celui de Sarcelles, François Pupponi.
Tous ont affirmé que cette mise en place du couvre-feu risquait de mettre de l'huile sur le feu. Et se sont émus que le gouvernement exhume une loi datant de la guerre d'Algérie, ce qui risque selon eux de donner aux jeunes des banlieues le sentiment d'être traités comme l'étaient leurs pères ou leurs grands-pères dans les années 60.
A distance, Lionel Jospin a apporté de l'eau à leur moulin. «Il faut que l'ordre républicain soit rétabli. Mais choisir de recourir à une loi de 1955, d'il y a 50 ans, pendant la guerre d'Algérie, ne me paraît pas le meilleur des symboles», a déclaré l'ancien premier ministre.
La direction, elle, a estimé que les mesures de maintien de l'ordre étaient de la seule responsabilité de l'Etat et qu'il n'était donc pas utile de prendre position contre telle ou telle mesure.
Le PS, finalement, a décidé hier soir de ne rien décider, renonçant à édicter une «position de principe» sur cette question, son porte-parole Annick Lepetit annonçant à l'issue du débat que le parti «laisse cela à la libre appréciation des maires en fonction des conditions locales et du moment».
Bref, ni oui ni non.