Les énergies hydrauliques et marines attendent un coup de pouce des pouvoirs publics
Publié le 11 mars 2013 à 08:59
XERFI vient de publier une étude approfondie, après plusieurs semaines d’enquêtes et d’analyses, sous le titre : « Quelles alternatives à la libéralisation du marché ? Scénarios prospectifs et impacts pour les acteurs de la filière». Auteur de l’étude : Thibaud Brejon de Lavergnée
XERFI vient de publier une étude approfondie, après plusieurs semaines d’enquêtes et d’analyses, sous le titre : « Quelles alternatives à la libéralisation du marché ? Scénarios prospectifs et impacts pour les acteurs de la filière». Auteur de l’étude : Thibaud Brejon de Lavergnée Voici quelques-uns des principaux enseignements de cette analyse de 230 pages. Le marché français de l’énergie hydraulique est dans l’expectative, malgré le bond de 30% du chiffre d’affaires généré par la filière en 2012 à plus de 4 milliards d’euros. Le revirement de position des pouvoirs publics sur l’ouverture à la concurrence de la gestion des concessions a semé le trouble chez les opérateurs. Alors que l’Etat envisageait de libéraliser les concessions, la nouvelle majorité a décidé à la fin de l’année dernière d’étudier des « scénarios alternatifs ». Les quatre scénarios de remise en jeu des concessions Pour l’instant, l’Etat français n’a pris aucune décision sur la remise en jeu des concessions. L’étude de Xerfi a analysé les 4 scénarios envisageables. Le premier est le renouvellement des concessions avec la création d’une société d’économie mixte (SEM), où les opérateurs exploitent les ouvrages détenus majoritairement par les communes. Le deuxième est le transfert de propriété des barrages à l’opérateur historique, lequel suppose que les énergéticiens EDF et GDF Suez rachètent le parc hydroélectrique qu’ils exploitent. Le troisième est le renouvellement du régime de concession des exploitants historiques EDF et GDF Suez, en d’autres termes le statu quo. Enfin, la mise en concurrence des concessions par un appel d’offres, c’est-à-dire la libéralisation des barrages prévue depuis 2010 et requise par la Commission européenne sous peine de sanction, est le scénario le plus probable retenu par les experts de Xerfi. Les conséquences pourraient être très bénéfiques en termes d’investissements aussi bien pour les infrastructures existantes que pour l’innovation. En effet, plusieurs acteurs européens (Alpiq, E.ON ou encore Fortum), ayant un savoir-faire dans ce domaine, pourraient intervenir dans les infrastructures françaises. Même si l’arrivée de nouveaux entrants représente une menace pour les opérateurs historiques, ces derniers disposent de sérieux avantages compétitifs pour rester dans la course. Ils peuvent de fait se prévaloir d’une longue expérience en matière de gestion des ouvrages hydroélectriques, d’un fort ancrage local ainsi que d’une bonne connaissance des cercles de décision. Malgré tout, l’objectif de la PPI (programmation pluriannuelle des investissements dans l’énergie 2009) d’atteindre 3 TWh à l’horizon 2020 ne sera pas atteint. D’une part, la relance des investissements des exploitants de grands ouvrages, quel que soit le scénario envisagé, sera insuffisante. D’autre part, la hausse de la puissance du parc de petites centrales hydrauliques devrait être limitée dans les années à venir. Les petites centrales hydrauliques se trouvent dans une situation délicate. Outre une législation de plus en plus contraignante, ces structures font face à la révision du classement des rivières qui pourrait diminuer de 76 % le potentiel hydroélectrique exploitable. Elles doivent aussi préparer leur avenir avec l’arrivée à échéance des contrats d’obligations d’achat dits H-97. Même si les petites centrales pourront désormais se tourner vers le marché libre, la majorité d’entre elles préfèreront conserver un contrat d’obligation d’achat qui leur garantit un revenu fixe. Les acteurs de l’hydraulique franchissent les frontières La maturité du secteur de l’hydraulique dans les pays occidentaux pousse les acteurs à trouver des nouveaux débouchés en Amérique latine et en Asie. En plein développement économique, ces deux régions possèdent un fort potentiel hydroélectrique, encore inexploité. Pour preuve, sur les 176 GW actuellement en construction dans le monde, 63% se situent en Asie et 19% en Amérique du Sud. Les groupes français sont d’ailleurs déjà engagés dans des projets. EDF et GDF participent à divers ouvrages dans ces deux zones tandis qu’Alstom va fournir les équipements électromécaniques de deux centrales au Vietnam. L’Afrique dispose, quant à elle, de 10 % du potentiel mondial. Le continent compte de nombreux lacs et cours d’eau, répartis de manière assez inégale. Le défi des opérateurs sera donc de construire des infrastructures capables de répondre à la demande. Alstom a d’ailleurs été choisi en janvier 2013 pour fournir les turbines et les alternateurs du barrage de Grand Renaissance (6 000 MW) en Ethiopie. L’énorme potentiel des énergies marines La France ambitionne de devenir une référence mondiale en matière d’énergies marines, à condition de mettre en place une filière industrielle ad hoc. Deuxième espace maritime mondial, l’Hexagone regroupe des opérateurs industriels internationaux dotés d’un savoir-faire reconnu et des connaissances scientifiques nécessaires. Par ailleurs, la création de l’Institut d’excellence sur les énergies décarbonées (IEED), France Energies Marines en 2012, va permettre de structurer un ensemble d’acteurs autour d’une plateforme technologique et expérimentale : 5 sites devraient être développés dans les années à venir. Aucune énergie marine n’est encore au stade de l’industrialisation. Dans le détail, l’énergie hydrolienne semble bel et bien avoir une longueur d’avance sur les autres. Cette dernière semble donc s’organiser entre plusieurs opérateurs soucieux de se diversifier face à la maturité du secteur de l’hydroélectricité en Europe. Pour atteindre leur objectif, ces acteurs utilisent la croissance externe grâce notamment à l’entrée dans le capital de start-up dotées d’un savoir-faire technologique spécifique. DCNS est ainsi monté au capital d’Open Hydro à hauteur de 59,7% tandis qu’Alstom a racheté Tidal Generation Ltd (filiale du groupe Rolls-Royce).