Les facs au bord de l'explosion
Publié le 18 mars 2006 à 14:23
Les présidents d'université plaident auprès du Premier Ministre mais vont-ils réussir à faire revenir le premier ministre sur le contrat première embauche (CPE) ? En tous cas, selon eux, il faut renouer le dialogue
Reçus, dans la soirée du vendredi 17 mars à Matignon, en présence de Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, et de François Goulard, ministre délégué à l'enseignement supérieur et à la recherche, ils sont ressortis avec le sentiment d'avoir ébranlé Dominique de Villepin. "Il m'a semblé prêt à un geste significatif, a déclaré Yannick Vallée, premier vice-président de la Conférence des présidents d'université (CPU). Il a conscience qu'on est au bord du clash."
Deux jours auparavant, 46 présidents d'université réunis à Nantes avaient voté un texte, en marge de leur colloque annuel, demandant au gouvernement de prendre "une initiative significative" pour "débloquer la situation". "Cette initiative peut concerner le texte même du CPE", soulignaient-ils.
Déjà, plusieurs présidents d'universités avaient, à titre individuel, appelé à la suspension du CPE et à l'ouverture de négociations. Dès le lendemain, Dominique de Villepin invitait les présidents d'université à Matignon.
Pour sortir de "la crise par le haut", Yannick Vallée, au nom de ses collègues, a demandé au premier ministre de lancer deux débats parallèles, l'un "sur les universités en lien avec l'insertion professionnelle et l'orientation", l'autre sur "l'emploi des jeunes". Ces débats devraient, selon M. Vallée, président de l'université de Grenoble-I, "démarrer le plus vite possible et durer six mois". "Cela revient de fait à suspendre le CPE" durant cette période, a-t-il précisé.
"Nous pensons qu'il faut renouer les fils du dialogue et ouvrir un débat national très vite sur la place de l'université avec les organisations syndicales, les étudiants, le monde professionnel et les présidents d'université", considère Bernard Carrière, président de Strasbourg-I (Louis Pasteur), qui a proposé au premier ministre "un Grenelle de l'université".
Pendant environ deux heures et demi, les 16 présidents d'université de la commission permanente de la CPU se sont employés à convaincre de la gravité de la crise. Plusieurs présidents ont successivement pris la parole pour décrire au chef du gouvernement une situation explosive dans leurs universités, du fait notamment des affrontements entre pro et anti-CPE et entre pro et anti-blocage.
"Nous lui avons dit "Monsieur le premier ministre, nous sommes au bord de l'implosion, faites quelque chose"", a déclaré Richard Lioger, président de l'université de Metz (Paul Verlaine). "Il m'a semblé que le premier ministre accusait le coup", a poursuivi M. Lioger.