Que pensent les Français des nuisances lumineuses ?

Par Bernard M.
Publié le 31 janvier 2013 à 10:35

L’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes rend publiques les informations recueillies pour l’ANPCEN lors d’une enquête réalisée par TNS Sofrès, au moment où le Ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie annonce un arrêté national sur l’extinction la nuit des vitrines, façades et locaux professionnels non occupés, attendu depuis plusieurs mois, pour application au 1er juillet 2013. Le sondage montre que les Français s’intéressent aux nuisances lumineuses causées par l’éclairage artificiel nocturne, qu’ils perçoivent l’augmentation de lumière la nuit, même s’ils disent manquer d’informations et de régulation. Une chose est claire, c’est aux élus locaux et aux associations environnementales qu’ils font confiance pour résoudre ces questions, tandem que fait vivre quotidiennement l’ANPCEN dans ses actions de terrain. Les objectifs de « prévention, limitation et suppression » sont inscrits désormais dans la loi. Pourtant, les enquêtes ou suivis publics sur les enjeux environnementaux n’interrogeaient généralement pas sur ceux de la lumière, les laissant ainsi dans un angle mort, alors même que l’ANPCEN observe et accompagne un foisonnement d’initiatives sur le terrain : nouveaux questionnements des équipes municipales, multiplication des extinctions en milieu de nuit lorsque ceci est possible, signatures de charte d’engagements, avancées autour de la gestion de la lumière dans la trame verte et bleue et autour des effets sur le sommeil et la santé, participation croissante au concours de l’ANPCEN Villes et villages étoilés, renouvellement des matériels ou équipements, demande croissante de cartographie2, etc Aussi l’Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes (ANPCEN) a souhaité poser 3 questions originales aux Français pour mieux connaître leur perception des nuisances lumineuses : quelles sont pour eux les causes perçues, à qui font-ils confiance pour résoudre ces enjeux, que doivent faire en priorité les pouvoirs publics ? TNS Sofres a réalisé un sondage spécifique pour l’ANPCEN, en 2012, dans le prolongement d’une étude réalisée pour le Ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie sur le même échantillon de représentation. La question des causes « On peut constater que les Français attribuent principalement l’augmentation de la lumière la nuit à ce qu’ils perçoivent comme éclairage nocturne additionnel et développé plus récemment, un peu moins aux services utilitaires et publics de l’éclairage, dont nous savons que, faisant en quelque sorte partie du paysage, ils sont moins questionnés» indique Anne- Marie Ducroux, Présidente de l’ANPCEN. En effet, l’éclairage de mise en valeur ou destiné à attirer l’attention (monuments, commerces, enseignes et publicités) est cité en première cause perçue (31 %) et jusqu’à 42 % chez les moins de 35 ans. « C’est précisément sur les publicités lumineuses, sur les enseignes3, sur les zones et sources « non résidentielles » que les précédents décrets publiés et que ce nouvel arrêté de janvier 2013 statuent» souligne Anne-Marie-Ducroux. « Il faut cependant noter que proportionnellement les équipements croissants de points lumineux de l’éclairage public : + 64 % en 20 ans et leur durée d’éclairement passée de 2400 à 4 000 h dans le même laps de temps, les rendements lumineux qui ont progressé mais n’ont pas été accompagnés des baisses de puissances suffisantes nécessaires, ne peuvent pas être neutres dans l’augmentation de la quantité globale de lumière émise la nuit et donc des nuisances lumineuses liées. D’ailleurs nous observons que dans l’étude TNS Sofres, cette fois, du ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’énergie, conjointe à celle de l’ANPCEN, les Français confirment très majoritairement leur perception d’une augmentation de la lumière artificielle : 59 %4 » Dans l’étude ANPCEN-TNS Sofres seulement 10% des Français ne considèrent pas que la lumière artificielle nocturne a augmenté au cours de ces dernières années, ce chiffre diminuant à 3% pour les personnes habitant à la campagne mais proche des centres urbains là où justement l’accroissement du parc et sa densification se sont fait le plus rapidement, souvent en parallèle de l’artificialisation des sols. « C’est un nouveau regard qu’il convient de jeter collectivement sur la lumière la nuit, et tous ceux qui nous rejoignent sont étonnés d’apprendre soudain à découvrir les lampadaires autour d’eux pour mieux reconnaître des éclairages adaptés ou non. » indique Anne-Marie Ducroux. Le sondage confirme un besoin de connaissances et compréhension des effets sur cette tendance paradoxalement restée dans l’ombre… Parmi les causes citées par les Français, vient à égalité en première position, le manque de connaissances sur les conséquences de l’éclairage artificiel la nuit (31 %). Les Français attribuent ensuite, quasiment de manière équivalente l’augmentation de la lumière artificielle la nuit, au fait qu’ils manquent d’informations (26%) et au fait qu’il n’y a pas selon eux ou trop peu de réglementations en la matière (25 %). Les cadres et professions intellectuelles sont eux 34 % à citer ce point. « Ces chiffres expliquent une grande partie des résultats de la perception des conséquences et des priorités. Nous constatons aussi ce manque de connaissances parmi nombre de décideurs publics et nous voyons que les Français font place à une régulation publique sur cette question» indique l’ANPCEN. La question de la confiance pour agir Les Français accordent majoritairement leur confiance aux élus locaux (47 %) et aux associations environnementales (41 %) pour agir en faveur de la réduction des nuisances lumineuses. Confirmant ainsi les résultats de nombre d’études sur la confiance pointant, attribuée d’abord aux personnes de proximité que l’on connaît et aux acteurs sociaux qui ne représentent pas des intérêts marchands. Les associations environnementales arrivent également en tête ou au même niveau que les élus locaux, chez les moins de 50 ans et dans les villes de plus de 20 000 habitants. « Cette coopération élus locaux et association environnementale nous la connaissons bien : l’ANPCEN, Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturne la fait vivre depuis 15 ans, par son action menée entièrement bénévolement au plus près des élus et citoyens. Combinée à nos actions de plaidoyer national, elle est la marque de nos actions de terrain. L’ANPCEN a pu recenser déjà 6 000 communes qui pratiquent l’extinction en milieu de nuit. Elle vient de s’illustrer dans les résultats de la 4ème édition du concours villes et villages étoilés pour lequel nous enregistrons avec plaisir une progression quantitative de 145 % en un an. Celle-ci traduit l’écho que reçoivent désormais les actions de sensibilisation et d’accompagnement que nous conduisons auprès des communes depuis 15 ans, en faveur de la qualité de la nuit. Nous relevons également avec intérêt que des villes de plus de 5 000 habitants, jusqu’à 35 000 habitants, rejoignent désormais le concours. Nous sommes convaincus que ces tendances vont se prolonger dans les années à venir » indique l’ANPCEN. La confiance des Français est accordée ensuite aux services publics : l’administration publique recueille 28% et la gendarmerie ou la police 15%. « Nous souhaitons que les services publics nationaux et locaux soient de plus en plus impliqués. La demande de régulation des Français ne décroit pas pour ce sujet comme pour d’autres. Nous constatons d’ailleurs que chaque fois que les services de gendarmerie et police sont associés à une expérimentation locale sur un projet d’extinction en milieu de nuit, les résultats sont très encourageants et contredisent les arguments dits de sécurité à la réduction de l’éclairage la nuit. Dans notre étude, 1 % des Français attribuent à la lutte contre l’insécurité l’augmentation de l’éclairage » indique l’ANPCEN. Enfin, les Français croient moins que les solutions résident dans les acteurs économiques ou eux-mêmes : les entreprises d’éclairage recueillent 15% et les citoyens eux-mêmes 11%. La question des priorités publiques Dans le contexte budgétaire actuel, les Français sont bien sûr 36 % à estimer prioritaire de réduire les dépenses publiques actuelles liées à l’éclairage artificiel la nuit. En plein débat national sur la transition énergétique, dont la « sobriété » a été posée par le Gouvernement comme une des composantes essentielles, les Français sont 33 % à penser prioritaire de réduire la consommation d’électricité liée à l’éclairage la nuit. Avis partagé par 43 % des cadres et professions intellectuelles.5 Quant à privilégier la contrainte ou l’incitation ? : 27 % confirment qu’il y a place pour une loi ou une réglementation plus contraignante en faveur des nuisances lumineuses, atteignant chez les ouvriers et professions intermédiaires 36 et 34 %. 26 % pensent qu’il convient d’encourager aussi les communes qui agissent en faveur de la réduction des nuisances lumineuses. 19 % pensent qu’il faut responsabiliser les entreprises privées. Priorité qui atteint 23 % pour les moins de 50 ans. Les enjeux moins directement visibles et surtout moins connus des Français, les effets sur la santé et la biodiversité de la rupture de l’alternance jour-nuit et de certains types de lumières artificielles nocturnes, recueillent 15 % et 10 %. Avec 19 % à noter dans les espaces ruraux sous influence urbaine donnant une priorité pour la biodiversité, soit près d’un Français sur 5 et une préoccupation exprimée pour la santé de près d’un quart des ouvriers. La demande d’un classement amène en dernière des priorités publiques citées (6 %), l’observation du ciel et des étoiles, même si l’on peut remarquer qu’elle atteint 13 % chez les 18-24 ans et 11 % dans les grandes agglomérations de 20 000 à 100 000 habitants où vivent précisément ceux qui sont les plus privés d’observation de cieux nocturnes naturels.