Rapport Bütikofer : les Eurodéputés veulent plus d'encadrement des activités minières

Par Bernard M.
Publié le 16 septembre 2011 à 14:56

Le Parlement européen a adopté hier le rapport Bütikofer (1) sur l'Initiative sur les matières premières de la Commission européenne. Le rapport demande des normes strictes et une transparence accrue des activités minières ainsi que la prise en compte du développement des pays hôtes. Un premier pas mais les Amis de la Terre déplorent une stratégie qui ne remet pas en cause de façon structurelle la surconsommation européenne de matières premières.

Le Parlement européen a adopté hier le rapport Bütikofer (1) sur l'Initiative sur les matières premières de la Commission européenne. Le rapport demande des normes strictes et une transparence accrue des activités minières ainsi que la prise en compte du développement des pays hôtes. Un premier pas mais les Amis de la Terre déplorent une stratégie qui ne remet pas en cause de façon structurelle la surconsommation européenne de matières premières. Dans le rapport voté hier, les Eurodéputés demandent spécifiquement à la Banque européenne d'investissement (BEI), d'améliorer son évaluation de l'impact des mines sur le développement. Les Amis de la Terre et la coalition Counter Balance (2) doutent que la BEI, qui a investi plus de 700 millions d'euros d'argent public dans des projets miniers depuis 2000, et qui est impliquée dans de nombreux projets très controversés (3), puisse donner suite à ces demandes. Les ONG recommandent un moratoire des investissements de la Banque dans les industries extractives et une réorientation radicale des politiques européennes vers la réduction de la consommation de ressources naturelles.



«Dans le rapport, nous demandons à la Commission européenne de déterminer de manière plus rigoureuse si les projets contribuent à l'éradication de la pauvreté, au développement durable et à croissance inclusive avant de décider de soutenir le secteur des industries extractives dans les pays en développement», explique la députée européenne belge Kathleen Van Brempt (S&D).



Anne-Sophie Simpere, des Amis de la Terre, commente : « Nous partageons les inquiétudes des Eurodéputés sur le fait que ces aspects ne soient pas suffisamment pris en compte dans les communications et stratégies de la Commission sur les matières premières. Aujourd'hui, la Commission privilégie les investissements massifs dans les matières premières pour garantir l'accès aux ressources naturelles des Européens. Or la priorité devrait être donnée à une réduction de la consommation des ressources naturelles dans les pays du Nord. Chaque année, nous utilisons les ressources au-delà de la capacité de renouvellement planétaire (4). Pire, cette consommation est tout à fait inégalement répartie : c'est une minorité qui est responsable de cet épuisement pendant que les pays du Sud en paient le prix.».



Elle continue : «Nous avons étudié des projets miniers financés par la Banque européenne d'investissement (BEI), qui se voit attribuer un rôle crucial d'investisseur dans les stratégies européennes d'accès aux matières premières. Plusieurs de ces projets, tels que la mine de cuivre Mopani en Zambie ou la mine de nickel Ambatovy à Madagascar ont eu des effets négatifs sur le développement, et sont responsables de dégradations environnementales majeures. Ces exemples concrets sont la preuve que la BEI ne doit pas voir son rôle dans le financement des projets miniers augmenté, contrairement à ce que semble suggérer les stratégies de la Commission. Ces stratégies visent avant tout à sécuriser l'accès aux ressources de l'Europe, d'une manière incompatible avec les exigences de réduction de la pauvreté et de soutenabilité qui devraient être au cœur de l'action de la BEI, mais aussi de l'UE en général. »