Sarkozy dément les propos de Villepin

Par Bernard M.
Publié le 25 décembre 2006 à 15:19

Un point important de la déposition de Dominique de Villepin dans l'affaire Clearstream fait aujourd'hui l'objet d'une contestation : sollicité par Le Monde, Nicolas Sarkozy a "catégoriquement démenti" - par la voix de son avocat, dimanche 24 décembre - les propos que le premier ministre lui a attribués pour tenter d'expliquer l'un des passages les plus délicats des notes du général Rondot

Résumant un entretien avec M. de Villepin, le 19 juillet 2004, l'ancien agent secret avait inscrit cette phrase, explicitement présentée comme une citation du futur premier ministre : "Si nous apparaissons, le PR (président de la République) et moi, nous sautons." Devant les juges, M. de Villepin a assuré que cette mention ne "correspondait pas à son état d'esprit", mais il a avancé qu'elle pourrait renvoyer à un échange vif qui l'avait opposé, en octobre 2004, à M. Sarkozy. Le ministre soupçonnait alors la direction de la surveillance du territoire (DST) d'avoir caché, sur ordre de M. de Villepin, un rapport sur l'affaire Clearstream qui dénonçait la manipulation dont il était victime.



"Je me suis efforcé (...) de convaincre Nicolas Sarkozy qu'il n'y avait pas eu de rapport d'enquête de la DST mais seulement des vérifications", a raconté M. de Villepin, ajoutant : "M. Sarkozy, très en colère, n'était toujours pas convaincu et lorsque je l'ai raccompagné à sa voiture, il m'a indiqué : "Si vous apparaissez, le président ou vous-même, comme cachant un rapport, vous sautez.""



A en croire le chef du gouvernement, c'est ce propos, qu'il aurait lui-même "rapporté au général Rondot comme témoignage de l'état d'esprit de M. Sarkozy", que l'officier lui aurait attribué dans sa note. A la confusion des personnes s'ajouterait donc, dans cette hypothèse, un mélange des dates, puisque la note est datée de juillet 2004, alors que la scène s'est tenue en octobre suivant.



Partie civile dans l'instruction, M. Sarkozy a "découvert avec étonnement" l'épisode relaté par M. de Villepin et "décidé, dans ces conditions, de faire exception à la règle qu'il s'est fixée de ne jamais commenter les éléments de la procédure, en apportant, sur ce point, un démenti catégorique", a indiqué son défenseur, Me Thierry Herzog. "M. Sarkozy se souvient parfaitement de cet entretien, a précisé l'avocat ; il affirme qu'il n'a pas prononcé les mots qui lui sont prêtés par M. de Villepin, d'autant qu'à aucun moment, il n'a pu envisager que le chef de l'Etat ait pu être concerné en quoi que ce soit par cette affaire."



La note du général, quant à elle, comportait aussi cette mention : "Protéger DdeV et le PR". Devant les juges, le premier ministre l'a estimée "sans objet".