Schizophrénie médiaticopolitique
Publié le 04 octobre 2006 à 14:07
Le contraste si ce n’est le fossé semble se creuser chaque jour davantage entre ce que l’on nous dit des autres et ce que les autres pensent vraiment. Une « soupe » à la fois politique et médiatique, bien indigeste, ne serait-elle pas à l’origine de cette troublante dépression collective qui ne semble frapper que certaines couches d’une certaine population ?
Radios des grandes chaînes comme des plus modestes, radios d’actualité ou plus thématiques mais avec leurs flash d’information, toutes ces maisons d’édition de la parole au service de la pensée collective autant que du plaisir artistique ou culturel y vont de la même voix : « rien ne va plus ». Le moral des troupes est à zéro. L’économie est en panne. La politique est pourrie. J’en passe et des meilleures …. Comment, dès lors, ne pas avoir le moral dans les chaussettes ?
Télévisions du service public comme chaînes généralistes ou du câble, du satellite, chaînes numériques de la TNT, télévisions thématiques ou locales, là aussi, le même leitmotiv décourageant, démotivant, apôtre d’une « sinistrose » collective nous dresse une situation tant en France qu’ailleurs, tant au boulot que dans la vie, catastrophique. Les faits divers les plus glauques succèdent aux émissions de téléréalité les plus « fantastiques » au service d’une fantasmagorie apparemment sciemment orchestrée. Là encore, comment, oui comment ne pas avoir le moral dans les chaussettes ?
Justement, rien n’est moins sûr ! Soyons lucides un instant :
D’un coté, il y a les faits et les chiffres qui nous révèlent chaque jour un reflux du chômage, une confiance retrouvée des employés comme des employeurs dans l’avenir, le commerce marche plutôt bien, qu’il soit ou non électronique et la grande distribution n’a jamais tant vendu. Les chiffres d’affaires sont là pour attester d’une certaine vigueur de l’économie qui rend désuet voire mensonger le discours selon lequel serait atteint le pouvoir d’achat de nos compatriotes. Les recrutements se multiplient, les promotions tout autant. Quant aux plaisirs ludiques, culturels, individuels, ils se multiplient sans qu’aucun frein économique ne vienne ralentir leur croissance.
De l’autre coté de la frontière se situent politiciens et journalistes. Les premiers, à l’aube d’une grande échéance électorale qui sera suivie d’autres scrutins également importants pour l’avenir du pays, ont tout intérêt à nous dépeindre une situation de faillite, de « fracture », à invoquer la « rupture » pour nous promettre des lendemains meilleurs, à nous, pauvre plèbe, une France d’en bas qui a mûri et qui sait bien que désormais la politique ne rime plus avec le pouvoir et que les décisions ne se prennent plus à Paris ni comme avant, que la conjoncture n’est que le reflet de la croissance mondiale tant les pays sont devenus interdépendants. Les seconds, pour vendre du papier, de l’audience, du sordide, ne reculent devant aucun sacrifice, notamment déontologique ou éthique, pour véhiculer qui les messages complaisants des premiers, qui les sujets qui font vendre ou qui attirent le vulgum pecus.
Nous avions appris, au cours des dernières années, à ne pas nous en laisser conter. Ceci les uns et les autres le savent et d’ailleurs, déjà, dès 2002, cette évolution en profondeur de notre société s’est largement illustrée dans les isoloirs créant ce que d’aucuns ont appelé un tremblement de terre politique mais qui n’était en fait que le résultat d’un mensonge politique, d’une information par omission, d’un détournement des faits au profit des intérêts de quelques uns qui, bien installés dans les Palais de notre République chancelante, ne veulent pas en quitter les avantages, les privilèges ni le confort.
Il faut être prudent. Car cette société sans foi ni loi qui se dresse devant nous, en perspective de lendemains moins heureux représente un réel danger pour notre Société qui, heureusement, trouvera les ressources, comme toujours, de son sursaut, pour que ne s’effondre pas le moins mauvais système politique et institutionnel du monde qu’est la démocratie.