Un accord bâclé des ministres européens de la pêche assombrit l’avenir des pêches en Europe, selon le WWF
Publié le 14 juin 2012 à 10:17
Cette nuit les ministres européens de la pêche ont adopté un accord général sur les grandes lignes de la réforme de la Politique Commune de la Pêche (PCP). Après 30 ans de mauvaise gestion des pêches en Europe et alors que le secteur de la pêche s’effondre, le compromis adopté est très insuffisant et ne répond pas à l’urgence écologique. « A l’heure où 75% des espèces commerciales pêchées dans les eaux européennes sont surexploitées, cet accord bâclé ne porte aucune ambition pour restaurer les populations de poissons et mettre en place une pêche durable seule à même de maintenir l’emploi. De manière honteuse, les ministres européens reviennent sur l’objectif de restauration des stocks de poissons décidés au sommet de Johannesbourg[1] en 2002, et ce à une semaine du sommet de Rio ! » ne décolère pas Isabelle Autissier, Présidente du WWF-France. Par cette précipitation, le Conseil veut visiblement contraindre le Parlement européen à une réforme bâclée. « Nous appelons les députés européens à continuer à travailler sur la mise en place d’une pêche durable et à ainsi répondre à la forte demande du public, mais aussi à celle de nombreux acteurs du secteur, à ce que l’Union européenne prenne enfin les mesures qui s’imposent au regard de l’urgence de la situation » exhorte Serge Orru, Directeur général du WWF-France. France : le changement n’a pas eu lieu Alors que les Pays-Bas et la Suède ont voté contre l’accord, jugeant qu’il vidait de sa substance la proposition de la Commission, la France a estimé au contraire que cette dernière s’en trouvait améliorée ! Au Conseil, le nouveau ministre délégué à l’Économie maritime, Frédéric Cuvillier, s’est plus inquiété de l’argent public que la France recevrait pour moderniser sa flotte - argent qui d’habitude va d'abord à la pêche industrielle - que de la possibilité de pérenniser l'activité de pêche en préservant la ressource. Le nouveau ministre n'a en effet rien proposé de cohérent pour gérer la capacité de pêche alors que la surpêche est un des enjeux majeurs de la réforme. Il ne fait aucune proposition concrète pour intégrer l'environnement dans la PCP – proposition qui était également absente de son premier discours de ministre aux Assises de la Pêche, où toute la priorité était donnée à la croissance économique. On ne peut que se satisfaire que le ministre ait maintenu la position ferme de la France contre un caractère obligatoire des quotas individuels transférables. La responsabilité de la France, un des premiers pays pêcheurs en Europe, dans cette réforme est lourde. « Nous regrettons que la ministre de l’Ecologie, qui est aussi responsable de la pêche, n’ait pas impulsé le changement nécessaire de la position française pour assurer l’avenir des mers, des pêcheurs et des communautés littorales. La réforme de la PCP n'a lieu que tous les 10 ans, or dans 10 ans il sera trop tard. Pour la suite des négociations, nous appelons la ministre de l'Ecologie à être à la hauteur de cette responsabilité historique », demande Isabelle Autissier.