Vaste consultation auprès des détenus comme des juges
Publié le 25 mai 2006 à 11:40
Pour la première fois en France, et probablement au monde, les détenus vont être interrogés sur leur vie derrière les barreaux, tout comme leurs familles, les avocats, les magistrats et le personnel des prisons, prélude à des "états généraux de la condition pénitentiaire"
La consultation des détenus "est à ma connaissance une entreprise sans pareil. Je ne me souviens pas d'une pareille écoute à l'étranger", a souligné mercredi devant la presse l'ex-ministre de la Justice Robert Badinter, sous l'égide duquel est placée cette initiative.
Lancée par une dizaine d'associations dont l'Observatoire international des prisons (OIP), la Ligne des droits de l'Homme, Emmaüs et des syndicats d'avocats et de magistrats, l'opération débouchera sur la tenue en octobre, à Paris, des états généraux de la condition pénitentiaire.
Ceux-ci devront formuler des propositions de réforme pour améliorer les conditions carcérales en France, dont la vétusté ou la surpopulation des prisons notamment sont régulièrement dénoncées.
Ensuite, les Etats généraux espèrent bien interpeller les politiques et s'imposer dans la campagne présidentielle "afin de connaître enfin la position de chacun de ceux postulant à la magistrature suprême", a résumé Robert Badinter.
Avocats, magistrats, personnels pénitentiaires et familles de détenus pourront répondre dès jeudi sur internet (www.etatsgenerauxprisons.org) à ce questionnaire anonyme qui sera dépouillé par l'institut BVA.
Pour résoudre le déliquat problème de l'interrogation, sans pression, des détenus, la Chancellerie a accepté que les délégués régionaux du Médiateur de la République, à l'impartialité reconnue par tous, puissent se rendre dans les prisons pour remettre en mains propres aux détenus des formulaires papier, avec enveloppe timbrée de retour.
Ensuite, du 6 au 20 juin, une centaine de ses délégués visiteront les prisons pour continuer le travail et toucher ainsi quelque 41.000 des 59.000 détenus français. Pour les autres, les formulaires seront mis à disposition par l'administration des prisons, a assuré M. Delevoye.
L'illétrisme, la méconnaissance de la langue française ou la méfiance des détenus risquent de freiner le processus mais Robert Badinter compte sur l'aide et le "concours du personnel pénitentiaire".
La CGT a d'ailleurs appelé ce même personnel à remplir lui-aussi le questionnaire.
Les travailleurs sociaux, la visite des familles, l'emploi et la formation professionnelle, l'accès aux soins, les régimes de détention ou la préparation de la sortie sont passés au crible dans 11 pages de questions qui seront disponibles jusqu'au 31 juillet, puis dépouillées jusqu'à la mi-septembre.
Les réponses permettront de rédiger des sortes de "cahiers de doléances" qui, comme avant la révolution de 1789, serviront de base de réflexion aux états généraux.
"Ensuite, a dit Robert Badinter, la question sera posée clairement aux politiques".