Barrage de Xayaburi : La coopération transfrontalière mise à l’épreuve

Par Bernard M.
Publié le 11 janvier 2013 à 14:17

Les Ministres de l’environnement et des ressources en eau du Cambodge, du Laos, de la Thaïlande et du Vietnam se rencontreront la semaine prochaine dans la ville de Luang Prabang au Laos pour décider ensemble du sort des barrages du Mékong, l’un des plus grands fleuves du monde, averti le WWF.

Les Ministres de l’environnement et des ressources en eau du Cambodge, du Laos, de la Thaïlande et du Vietnam se rencontreront la semaine prochaine dans la ville de Luang Prabang au Laos pour décider ensemble du sort des barrages du Mékong, l’un des plus grands fleuves du monde, averti le WWF. Une réunion décisive pour l’avenir de la région La prochaine réunion de la Commission de la Rivière Mékong (MRC)[1], réunissant les 4 pays riverains du Mékong les 16 et 17 janvier prochain, mettra la coopération transfrontalière à l’épreuve, ainsi que le sort de la rivière Mékong dont dépendent plus de 60 millions de personnes. La décision qui sera prise quant à la construction du barrage de Xayaburi légitimera ou non la MRC et créera un précédent important pour les 10 autres barrages prévus sur le Mékong. Le Laos persiste et signe, affaiblissant alors la légitimité de la MRC En 2011, les ministres de l’environnement et de l’eau avaient pris la décision de retarder le projet de construction du barrage de Xayaburi en attendant le résultat de nouvelles études d’impact. Le Vietnam et le Cambodge craignent en particulier pour leur stock de poissons et de sédiments. Malgré cela, en novembre 2012, sans aucune concertation avec les pays du Mékong et sans en avoir informé la MRC, le Laos a décidé unilatéralement d’entamé les travaux de construction du barrage. «Si les prises de décision continuent à se faire à l'extérieur de la MRC, la Commission perdra alors bientôt sa légitimité ainsi que les 300 millions de dollars de l’aide internationale", averti Jian-Hua Meng, spécialiste hydroélectricité durable pour le WWF. Un barrage qui sert les intérêts de la Thaïlande La Thaïlande doit acheter la majorité de l'électricité générée par le futur barrage de Xayaburi, et au moins quatre banques thaïlandaises ont confirmé leur intérêt pour financer le projet, malgré les coûts environnementaux et sociaux élevés ainsi que les incertitudes quant à la rentabilité de ce projet de 3,8 milliards de dollars. "La Thaïlande doit agir de façon responsable et annuler son contrat d'achat d'électricité jusqu'à ce qu’un consensus régional soit obtenu sur la question des barrages », ajoute Jian-Hua Meng. Le WWF demande un moratoire de 10 ans Le WWF demande aux gouvernements de suivre les recommandations de la MRC et de mettre en place un moratoire de 10 ans sur la construction du barrage qui permettrait de rassembler les données scientifiques nécessaires pour comprendre les réels impacts des barrages sur le cours principal et mettre en place des outils de décision adaptés. Le WWF engage également les pays du Mékong à privilégier les projets de barrages hydroélectriques sur les affluents du Mékong qui ont un impact plus faible. Le Mékong est le plus long fleuve d’Asie (4800 km), son cours inférieur est l’un des derniers grands tronçons de rivière sauvage dans le monde, dont dépendent, près de 60 millions de personnes pour ses ressources en pêche et son delta, grenier à riz du Vietnam. Il abrite également plus de 700 espèces de poissons d’eau douce dont quatre des plus grandes espèces de poisson chat géant, espèce emblématique menacée.