Exit !
Publié le 24 mars 2010 à 15:27
Le tournoi politique s’est enfin achevé. Les prévisions se sont révélées exactes. Le pays n’est plus coupé en deux mais en quatre. Les deux partis pouvant prétendre à gouverner, compte tenu de leur score et du taux de participation, voyant leur légitimité démocratique remise en cause, une fois de plus. Une légitimité démocratique très relative, trop, assurément, pour créer un élan salvateur.
Après une campagne atone voire insipide, mis à part les joutes verbales de certains caciques de tous bords, les électrices et les électeurs, apparemment peu intéressés par les élections elles-mêmes mais davantage par le « message » à passer se sont faiblement mobilisés. Mais le résultat est clair. Sans appel. Et il vient remettre en question sur la forme comme sur le fond les choix opérés par le chef de l’Etat.
L’ouverture ? Elle constitue, à l’évidence, une habile manière de se démarquer de modes de gouvernance par trop monolithiques mais elle vient aussi de fait souligner l’insuffisance de talents dans toutes les familles politiques.
La frustration est grande chez celles et ceux qui y croyaient et elle l’est encore davantage chez les opposants qui risquent, désormais, de faire une lecture erronée des chiffres et surtout de l’inflexion du parti présidentiel au profit des autres formations dont le FN qui revient à un niveau très élevé alors que chacun croyait le parti du vieux timonier clodoaldien en déliquescence après le « kidnapping » opéré par Nicolas Sarkozy et ses amis en 2007.
Au fond, personne n’est satisfait et il y a de quoi. La crise est passée par là. L’Europe déçoit. L’insécurité augmente. Les inégalités se creusent. Celles-ci sont de plus en plus difficiles à dissimuler. Les gros salaires sont montrés du doigt. Les « nantis » en possession d’un contrat de travail s’y cramponnent voyant le chômage s’envoler et les défaillances d’entreprises se multiplier.
Tenter tout ce que les prérogatives que prévoit notre Constitution pour les pouvoirs exécutif et législatif semble sans effet sur le destin d’un pays, d’une nation qui serait, qui plus est, en quête d’identité.
La situation est grave. Elle impose autre chose que des réformes à la hussarde initiées par un monarque républicain, certes doté de réels talents en particulier pour sa communication et son image personnelles, mais qui par son omnipotence politique désormais fait davantage qu’agacer.
Le personnage agace. Il finit même par déplaire jusqu’à ses soutiens les plus proches qu’il croyait pourtant indéfectibles. L’état de grâce a fait long feu et le style ne passe pas car derrière se cache une volonté anachronique de vouloir tout régenter sans en avoir les moyens.
Le courant ne passe plus. Les citoyens, dans leur grande majorité, souffrent, consciemment ou non, d’un sentiment d’abandon au profit d’une élite d’un nouveau genre.
La photographie de ce scrutin n’est finalement que le résultat d’un style et d’une méthode ne relevant que d’un homme. Bien davantage qu’un jugement gouvernemental. Bien au-delà d’enjeux régionaux encore abstraits et peu mobilisateurs.
En revanche, faire une pause dans les réformes, des réformes impérieusement nécessaires et qui n’ont que trop attendu, constituerait une grave erreur dans un contexte de mutation qui exige plus que jamais réactivité et flexibilité. Il faudrait donc accélérer et aller encore plus vite, encore plus loin.
Mais avec ses institutions presque obsolètes et à plusieurs reprises transformées, le pays n’est pas doté des outils lui permettant d’accélérer le pas. Les dérives sont nombreuses et l’ire populaire plus forte que jamais. En tirer les conséquences reviendrait à renoncer au programme et aux promesses de 2007 qui ne sont d’ailleurs plus tenables. L’exécutif n’est plus en phase avec la majorité de nos concitoyens et les parlements sont déchirés de l’intérieur et vertement critiqués de l’extérieur.
Exit Darcos ? Nos compatriotes s’en moquent. Exit la taxe carbone ? Seuls les intégristes de l’écologie politique y verront un inconvénient que la Secrétaire d’Etat se devait de ne pas souligner.
Exit certaines et certains qui aux yeux du Président ont démérité n’arrangera rien. Ni personne. Plus que jamais, l’urgence n’est pas à se réunir à Cancun pour débattre de questions qui divisent mais bel et bien de créer les conditions, comme elles existent outre-Rhin, d’une large union nationale avec, à la clé, les réformes et ajustements qui d’évidence s’imposent et que la population serait prête à accepter. Sous conditions. Voilà le dilemme aujourd’hui d’un chef d’Etat, qui a les pouvoirs constitutionnels d’aller dans cette direction, mais qui suppose un courage politique et une forme d’abnégation sans doute indigestes. Cela dit, s’il ne saisit pas, dans l’intérêt général, cette voie médiane et de raison, en 2012, quoiqu’il ait fait pour la France, il peut s’attendre alors à un verdict populaire sans appel. Exit !
Bernard Marx