Il faut tout remettre à plat

Par Bernard M.
Publié le 16 juillet 2009 à 10:36

La crise financière a frappé. Le coup est dur. Et quoiqu’en disent les uns ou les autres, il fallait, depuis déjà un certain temps, s’y attendre. Les premiers signes datent de plus d’une dizaine d’années, lorsque les capitalistes du monde entier achetaient à prix d’or des sociétés déficitaires dans la « bulle de l’Internet », comme si les marchés virtuels pouvaient générer plus de rentabilité que l’économie réelle. La bulle a crevé. Et l’on connaît la suite …


Mais au fond il n’y a pas que la crise financière. Le malaise est plus profond. Le mal ronge tous les pans de notre Société. Le ver est dans le fruit. Rongée de l’intérieur, cette pêche, pavie, nous livre ses dernières gouttes agréables, sucrées et digestes. Avant de se flétrir puis se déliter. Définitivement.



Au cours deux décennies qui viennent de s’écouler, le pouvoir était quasiment en totalité entre les mains de ces financiers sans scrupules ni états d’âme, imposant même aux élus du peuple leur diktat. Sur des sujets essentiels. Des sujets qui relèvent de la morale, de l’éthique, de l’humanisme.



Aujourd’hui, après sa traversée du désert pour cause d’affaires diverses de corruption, la politique, la vraie, revient sur le devant de la scène, avec cette fois, les moyens, conjoncturels et malheureusement pas structurels, d’imposer ses vues, ses règles, ses repères. Cela n’a échappé à personne. Mais il faut aller vite. Très vite. Avant que le balancier ne revienne au centre de sa course dont chaque oscillation a causé des dommages économiques et sociaux toujours plus importants.



Le temps est venu de tout remettre à plat. Pour redonner les repères et les valeurs qui font défaut aux jeunes générations. Le moment est venu pour la classe politique de nous montrer le chemin, le bon, arguments étayés à l’appui, afin que les uns et les autres puissent se (re)construire un avenir. Un avenir durable. L’ère est plus que jamais celle d’une réforme en profondeur des structures, des statuts, des modes de fonctionnement de toutes les entités publiques ou privées car la Société du troisième millénaire n’est pas, n’est plus, celle qui prévalait au siècle dernier.



Un exemple ? Les banques. De leur acticité de base, défini le plus souvent par un objet social clair, elles ne devaient être que des banques de dépôt, des réseaux de guichets où les particuliers comme les entreprises ou les artisans et professions libérales pouvaient, en toute confiance, déposer leurs liquidités en sachant que celles-ci seraient peu rémunérées, mais que le risque de perdre ne serait-ce qu’une once du capital était nul. Appât du gain ou dérive, peu importe ! Les banques se sont transformées en mafias de spéculateurs. Et elles ont échoué. L’investissement à risque et la banque de détail, ce n’est pas le même métier. Dans ce secteur central d’une économie libérale, la banque doit se concentrer sur ses activités de détail, son objet social central, sans s’en écarter. Et les spéculateurs peuvent s’ils le veulent continuer d’exister mais avec l’argent de celles et ceux qui acceptent la prise de risque. Pour que jamais ne recommence la frayeur qui a failli faire sombrer le système financier de la planète entière, il faudra rendre étanches les cloisons qui séparent les banques des sociétés d’investissement. Pas d’administrateurs communs, pas de double mandat, pas de prises de participation croisée, même via des tierces sociétés holding. Pas de dérogation. Pas d’état d’âme. Pas la moindre souplesse. Des règles strictes qui séparent totalement la banque des « casinos » de la finance qui vont jusqu’à parier sur des indices d’indices, c’est-à-dire des valeurs totalement virtuelles. Peut-être eût-il été plus salvateur de les laisser sombrer ? Car à peine réanimée par l’argent public prêté par les états ou s’appuyant sur les cautions données par ceux-ci, elles recommencent. Et sur la spéculation. Et sur les salaires, bonus et autres avantages de ces nantis qui sont si généreux, pour eux-mêmes, mais avec l’argent des autres.



Un autre exemple ? L’automobile. Elle traverse une crise sans précédent. Et l’on vole à son secours. Et pourquoi ne pas aider alors aussi tous les secteurs d’activité recensés par l’INSEE et qui enregistrent des baisses d’activité, des difficultés de trésorerie, des carnets de commandes moins garnis ? Les constructeurs automobiles sont victimes de la mondialisation et sont finalement assez proches de ces professionnels du prêt-à-porter, de la maroquinerie et des accessoires de mode, autant de métiers où le « design » se fait par des « créatifs » qui sentiraient à l’avance l’« air du temps » dans les pays développés pour ensuite confier la production à des usines où la main d’œuvre est la moins chère possible avec enfin, comme issue, un réseau de revendeurs ou de distributeurs qui se voit rogner ses marges sauf à atteindre des objectifs rarement atteints. Les « designers » se sont plantés. Et l’on sait qu’une collection ratée, c’est tout un secteur qui s’enrhume, qui tousse, qui a de la fièvre.



Parallèlement, l’éducation n’en finit pas de ne pas se réformer. La religion disparaît de la société – sauf pour les « intégristes » au profit de sectes qui y voient là une brèche formidable pour créer de nouveaux réseaux de connivence et d’influence. La recherche est pauvre. Malade. En panne. L’information par médias interposés est polluée par l’incompétence et les contreparties imposées par les gros annonceurs au point que les contenus qui nous sont délivrés souffrent d’une vacuité telle que l’on en a la tête qui tourne. Tout, assurément tout, est à remettre à plat.



Le chantier est immense. Il demandera l’effort de toute une génération, voire davantage. Il faudra que chacun accepte de faire des concessions. Il faudra apprendre à se souvenir. Il faudra aussi réapprendre à craindre comme à faire confiance. Il faudra, dans tous les sens du terme, rebâtir la Société, redéfinir droits et devoirs, énoncer de nouvelles règles du jeu pour que notre seul grand capital, qu’est la démocratie, ne soit ni fissuré ni éclaté en mille morceaux à cause des agissements factieux des uns et l’absence de « vision » des autres. Ce n’est pas un cauchemar ! Mais un rêve. Il a d’ailleurs déjà commencé.