La France en mal de médecins

Par Bernard M.
Publié le 21 janvier 2006 à 12:17

Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, détaille mercredi son plan de démographie médicale destiné notamment à rééquilibrer et à dynamiser l'implantation des professionnels de santé sur l'ensemble du territoire

Ce plan repose sur "trois piliers": les "incitations", "la formation, et les conditions d'exercice", a indiqué le ministre lors de la présentation de ses voeux à la presse le 13 janvier.

Il devrait s'inspirer des différents rapports remis ces dernières années aux pouvoirs publics par le président de l'Observatoire national de la démographie des professions de santé (ONDPS), le Pr Yvon Berland.



Car la France est confrontée à deux problèmes. En premier lieu, la pénurie annoncée de certains professionnels pour les décennies à venir.

Selon un scénario de la Drees (ministères de la Santé et de l'Emploi), les médecins, aujourd'hui en nombre jugé suffisant, pourraient voir leur nombre refluer de 205.000 (2002) à 186.000 en 2025.

La démographie médicale passerait ainsi de 335 médecins pour 100.000 habitants en 2002 à 283 pour 100.000 en 2025, selon la Drees.



Deuxième point noir : les professionnels de santé sont mal répartis sur le territoire. Paris et le Midi composent une France "surmédicalisée", en comparaison avec le reste du pays, "sous-médicalisé", sans oublier le contraste entre zones urbaines et rurales.

Le ministre entend tout d'abord rendre plus visibles les incitations existantes.

La loi réformant l'assurance maladie (2004) et la loi sur les territoires ruraux (2005) ont ainsi prévu, pour les praticiens s'installant en zones sous-médicalisées, un ensemble d'aides financières: forfaits, partie des gardes et astreintes exonérée d'impôts, indemnités de logement pour les étudiants....

M. Bertrand souhaite aussi encourager les praticiens proches de la retraite à prolonger leur activité, en leur offrant la possibilité de cumuler leurs revenus avec une partie de leur retraite.



Autre axe : les études médicales. Le Pr Berland avait suggéré, en mai, des actions pour fidéliser les étudiants en médecine dans leur région de formation: il a notamment proposé de transformer l'examen national classant (ECN) pour les étudiants en 6e année (ex-internat) en épreuves classantes inter-régionales, avec la création de sept inter-régions, où les postes proposés correspondraient aux besoins locaux.

Le prédécesseur de M. Bertrand, Philippe Douste-Blazy, souhaitait que cette mesure entre en vigueur à l'été 2006.



Dans sa palette d'outils, le ministre peut aussi décider de continuer à relever les numerus clausus, (quotas d'entrée en 2e année de médecine, dans les instituts de formation etc) un mouvement entamé en 2000 . "Nous poursuivrons dans cette voie", a-t-il déjà dit, sans autres précisions.

La "mise en place de passerelles plus efficaces entre l'ensemble des professions médicales et paramédicales" est aussi évoquée par M. Bertrand.



Dernier volet : les modes d'exercice. Le ministre est favorable à l'exercice en groupe ou sur plusieurs sites. Il souhaite ainsi que les consultations des médecins exerçant dans les cabinets groupés, dans des zones sous-médicalisées, bénéficient d'un bonus "d'au moins 20%".



Le plan devrait également prendre en compte la féminisation du corps médical, avec des mesures spécifiques concernant la maternité.

Le partage des tâches, la délégation de compétences d'un professionnel à un autre, la création de nouveaux métiers de la santé sont d'autres pistes possibles.