Les sondeurs ne voient pas se profiler un « bis repetita » du 21 avril 2002

Par Bernard M.
Publié le 06 juillet 2006 à 18:10

A dix mois de l'élection présidentielle, le président du Front national Jean-Marie Le Pen réalise d'excellents scores dans les enquêtes d'opinion, mais les sondeurs restent sceptiques sur ses chances de rééditer son exploit de 2002, à savoir son accession au second tour

Mais attention, ce sont aussi cinq ou six points de plus que les résultats qu'il obtenait 10 mois avant la présidentielle de 2002, puisque, à l’époque, le CSA le créditait de 7,5% pour CSA, TNS Sofres de 10%, ... Les sondeurs ne sont pas les payeurs et encore moins les électeurs.



Toutefois, ceux-ci convergent tous pour constater que l'actualité sert le président du Front national et augmente son potentiel électoral : des émeutes de banlieue jusqu'à la reculade du gouvernement sur le Contrat première embauche, le bénéfice électoral est énorme !



En effet, selon Pierre Giacometti, le directeur général d'Ipsos, "la situation actuelle de l'opinion me paraît beaucoup plus solide et avantageuse aujourd'hui pour Jean-Marie Le Pen qu'en 2002".



Et d’ajouter que l’immigration, l'intégration, la sécurité, (bref tous les thèmes favoris de Jean-Marie Le Pen) sont "beaucoup plus prégnants" aujourd'hui qu'en 2002.



Pour autant, il reste très prudent et souligne qu’en 2007, Jean-Marie Le Pen aura affaire à des concurrents – de Philippe de Villiers à Nicolas Sarkozy en passant par François Bayrou - plus dangereux que ceux d’il y a cinq ans, à savoir Bruno Mégret et Jacques Chirac.
Si chacun s’accorde à penser que Nicolas Sarkozy peut mordre sur une frange non négligeable de l'électorat lepéniste, en revanche, le même son de cloche émane de tous les instituts et en particulier de TNS-Sofres.



En effet, Karine Marcé, du département politique, ne croit pas, pour l'instant, à la réédition de 2002.



L’argument avancé pourtant déroute un peu : "ce n'est pas parce que Jean-Marie Le Pen a quasiment doublé son score" sur les dix mois avant le 21 avril 2002 "que cela se passera comme çà cette année" a-t-elle souligné en notant, également, la "solidité" du soutien dont bénéficient Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.



Quant à l'Ifop, leurs experts soulignent, dans un commentaire de sondage paru aujourd’hui jeudi dans Paris Match, que "la domination de Nicolas Sarkozy à droite et celle de Ségolène Royal à gauche rendent presque assurée leur qualification".


Stéphane Rozès, de l’institut CSA, semble quant à lui convaincu que le peuple, instruit par l'expérience de 2002, "voudra un débat gauche-droite au second tour", ne serait-ce que pour fixer clairement le cap en matière économique et sociale.



Bref, même si l’on a un FN plus fort qu'en 2002, les sondeurs pensent, étrangement, que les Français se débrouilleront quand même pour envoyer un candidat de gauche et un candidat de droite au second tour, avec, malgré tout, un bémol : si ceux-ci devaient être trop décevants pendant la campagne, alors, là, oui, le scénario se répèterait.



Notre confrère quotidien Le Monde, via ses experts électoraux de l'UMP et du PS, ne croit pas non plus à un nouveau 21 avril.



L’argument retenu pour valider cette hypothèse est cependant étrange : Le Gall, cité par le quotidien, a tenu à rappeler que, cette fois-ci, M. Chevènement ne sera pas de la partie pour piocher des voix dans l'électorat du PS.



Une analyse bien trop courte mais qui a, pour tous ces experts maintes fois contredits, l’avantage de leur permettre de vendre à tours de bras des sondages d’ici l’an prochain …