Pourquoi je n'assisterai pas à l'audition du juge Burgaud, par Dominique Wiel
Publié le 29 janvier 2006 à 15:10
Dans une tribune publiée samedi par Le Monde, le Père Dominique Wiel, l'un des acquittés d'Outreau, explique pourquoi il n'assistera pas à l'audition du juge Burgaud le 8 février par la commission d'enquête parlementaire
J'ai été surpris de la rapidité de la réponse donnée par le président André Vallini et le rapporteur Philippe Houillon à la demande présentée par Karine Duchochois de pouvoir assister à l'audition du juge Burgaud. Il me semble que cette réponse demandait un débat préalable avec les autres membres de la commission d'enquête parlementaire. Son caractère spontané m'a paru davantage guidé par l'émotion soulevée par les propos des acquittés que par la réflexion.
Or, ce que j'ai regretté à Saint-Omer, c'est justement l'ambiance désastreuse des débats dans l'enceinte de la cour d'assises. J'ai assisté à un véritable "dégueulis" — et je pèse mon mot — d'émotions, dont j'ai souffert pendant neuf semaines. Je désirais que l'on se situe au niveau des faits, ce fut rarement le cas.
J'imagine le juge Burgaud seul face à la commission, avec, dans son dos, la pression des treize acquittés témoins muets devenus à leur tour jurés. Cela me met mal à l'aise. Bien sûr, ces images vont réjouir les metteurs en scène, mais c'est trop beau pour être tout à fait sincère.
Cela va renforcer la focalisation naturelle des médias. On gardera l'image dramatique de l'institution face à ces acquittés devenus "ses" juges. Le juge Burgaud deviendra le bouc émissaire désigné au peuple responsable de toutes les insuffisances de l'institution judiciaire.
Ne nous faisons pas d'illusions : cette image inespérée sera chassée des esprits au prochain fait divers atroce relaté par les médias, et tout espoir de réforme avec.
Enfin, que gagnerons-nous, nous les acquittés, à ce face-à-face muet ? Nous en sortirons encore plus meurtris, car le juge sera identique à lui-même tel que nous l'avons subi à Saint-Omer. C'est de mon point de vue une souffrance inutile. Il y en a eu suffisamment pour ne pas en rajouter.
Cette commission parlementaire est une chance pour responsabiliser les juges, elle est une chance pour les députés de rééquilibrer le pouvoir du Parlement face à l'exécutif et au judiciaire. Elle est une chance pour nos élus, auxquels on reproche d'être tellement loin de leurs administrés et qui peuvent trouver là une occasion magnifique d'être à l'écoute et d'être nos porte-parole. Ne gâchons pas ces chances pour satisfaire un désir trouble de revanche !
Dominique Wiel
Article paru dans l'édition du 29.01.06