Une reprise économique dans la zone euro ?
Publié le 25 janvier 2006 à 15:02
L'hypothèse n'est pas insensée : le moral des industriels allemands a bondi en janvier, celui des français reste bon; du coup, la reprise économique tant espérée se profile dans la zone euro, même si sa solidité reste soumise à un réveil de la consommation des ménages
La plus grande surprise du jour est venue d'Allemagne : le baromètre Ifo, indicateur jugé fiable de l'évolution de la conjoncture du pays, a atteint 102 points en janvier après 99,7 en décembre, un résultat largement au-dessus des attentes. Il faut remonter à plus de cinq ans pour voir le climat des affaires grimper aussi haut.
Les entrepreneurs de la première économie de la zone euro entament l'année avec un optimisme à toute épreuve, la quasi-majorité des secteurs misant sur une nette amélioration de l'activité dans les six mois à venir et sur la poursuite du boom des exportations, soutenu par la demande mondiale.
"Les doutes concernant la solidité de la reprise (...) devraient se dissiper davantage après ces résultats. La reprise s'est élargie et renforcée", a estimé Hans-Werner Sinn, président de l'institut Ifo.
Une confiance partagée par le gouvernement. Berlin a comme prévu annoncé mercredi un relèvement à 1,4% contre 1,2% de sa prévision de croissance en 2006, mais le ministre de l'Economie, le conservateur bavarois Michael Glos, a admis le caractère prudent de cette projection et a reconnu qu'une hausse de 2% était du domaine du possible.
"L'Allemagne recueille les fruits de la modération salariale et des réformes structurelles douloureuses", analyse le chef économiste de la Bank of America Holger Schmieding. Après avoir été le mauvais élève de l'UE pendant presque une décennie, le pays "retrouve son rôle traditionnel de locomotive du développement économique" européen, juge-t-il.
En France, la prudence reste le maître mot, mais les carnets de commandes sont bien garnis. L'indicateur synthétique de l'Insee mesurant le climat des affaires s'est établi à 103 points, stable par rapport aux deux mois précédents.
Les Français semblent un peu plus inquiets des nouvelles tensions sur le front des prix du pétrole observées depuis le début de cette année et du rebond de l'euro que leurs voisins allemands.
Les baromètres Ifo et Insee appuient les scénarii du redémarrage économique tant attendu, selon des économistes. Les ministres des Finances de la zone euro avaient aussi évoqué lundi une reprise "en marche".
Un retournement qui intervient au moment où la Grande-Bretagne, dont l'économie affichait depuis plusieurs années une santé isolente, paraît s'aligner sur les taux de croissance de l'Europe continentale.
Selon une première estimation publiée mercredi par l'Office des statistiques nationales, la croissance a été de 1,8% l'an dernier, contre 3,2% en 2004. Et 2006 pourrait être encore plus difficile pour le Royaume-Uni.
La Banque centrale européenne (BCE) prévoit une croissance de 1,9% dans la zone euro en 2006.
Mais ces bonnes nouvelles récentes ne doivent toutefois pas occulter le problème majeur dont souffre les 12 pays de l'euro, à savoir une consommation des ménages atone liée à un chômage élevé et à la flambée des prix de l'énergie, qui réduit le pouvoir d'achat des consommateurs.
"Tant que la consommation privée n'augmente pas, il n'y a pas de croissance durable", a prévenu l'Italien Lorenzo Bini-Smaghi, membre du directoire de la BCE dans une interview au magazine Die Zeit à paraître jeudi.