2007 : le syndrome balladurien
Publié le 06 juillet 2006 à 09:29
C’est vrai, cela fera bientôt douze ans et la mémoire – surtout en politique – n’est pas la qualité première des électrices et des électeurs. Pour autant, l’Histoire, qui sert rarement plusieurs fois les mêmes plats, peut, pour nous étonner ou nous surprendre, recréer des contextes particuliers, des circonstances étrangement ressemblantes mais dont l’issue sera, fatalement, différente.
En 1994, Edouard Balladur, Premier ministre de François Mitterrand et d’une cohabitation « courtoise », au firmament des sondages, se voyait déjà paré des habits présidentiels sans finalement avoir de réel combat ni de cruelle bataille à livrer. Mais las, confirmant malgré lui l’adage selon lequel un Premier ministre sortant ne devient jamais Président, la cote de popularité de cette homme poli dans tous les sens du terme, ardemment soutenu par un bretteur sans pitié en la personne de Nicolas Sarkozy, a du, au soir du premier tour, renoncer à ses espoirs, pour toujours.
Car lui, au moins, lorsqu’il se retire, il le dit et le fait. Pas de « stop and go » comme semble vouloir le faire notre Jospin national s’étant déclaré “disponible” en tant que de besoin …
Douze années plus tard, soit un cycle d’astrologie chinoise, notre Madone de gauche qui nous prépare le mariage de l’été pour occuper un terrain médiatique axé sur la famille, les valeurs, le mariage et tant d’autres mots qui sonnent si bien aux oreilles de la « gauche caviar », la compagne de vie du « Culbuto » du PS, caracole en tête des enquêtes d’opinion, au point qu’elle battrait Nicolas Sarkozy au second tour des élections présidentielles de l’an prochain.
Ségolène Royal est donc, malgré elle, frappée du syndrome balladurien dont elle ne peut mais, une situation dont elle ne pourra se défaire. Condamnée à sombrer dans l’oubli au fil des mois, elle a seulement l’insigne honneur aujourd’hui de porter les espoirs d’une France atteinte de sinistrose aigüe malgré les prouesses de nos sportifs, en dépit des résultats tangibles qui redonnent espoir aux travailleurs comme aux entrepreneurs.
Nicolas Sarkozy semble, quant à lui, certain d’y arriver. Non pas qu’il soit un adepte de la méthode Coué ni même atteint d’un excès de naïveté qui viendrait contrebalancer son ego par trop surdimensionné ! Lui a réuni toutes les conditions de la victoire dans le cadre des institutions de ce qu’il reste de la Vème République : chef de parti, ayant refusé le poste de Premier ministre, expérimenté, redoutablement bien informé, pouvant compter sur les soutiens objectifs du réseau extrêmement dense et maillé qu’il a, patiemment, lors de sa traversée du désert, construit et s’appuyant sur l’édifice d’une machine à gagner qu’il a d’ores et déjà mise en marche au service de sa personne mais aussi des françaises et des français.
Il subsiste, malgré tout, une inconnue de taille : le score des extrêmes. En effet, selon le sondage IFOP/Paris Match réalisé les 29 et 30 juin derniers, paru jeudi, Ségolène Royal, avec 30% des voix, distancerait Nicolas Sarkozy, 28% et largement Jean-Marie Le Pen qui ne recueillerait que 13%.
Soyons un instant sérieux : si l’on additionne ces trois scores, soit 71%, il reste bien peu de voix aux autres prétendants que sont Olivier Besancenot à Philippe de Villiers en passant par François Bayrou pour ne citer qu’eux.
Que Match cherche à vendre du papier n’est pas en soi un scoop ! En revanche, travestir l’information, volontairement ou par omission, relève d’une entreprise fort critiquable. Les bases de l’arithmétique, le calcul élémentaire, les prévisions les plus optimistes ne pourront que confirmer sinon le bons sens à tout le moins le sens commun, qui laisse augurer d’un Nicolas Sarkozy au coude à coude, au premier tour de la droite avec l’extrême-droite, distançant nettement le ou la candidate de la gauche socialiste en opposition farouche, au premier tour avec les Verts, la LCR, Force Ouvrière, … sans oublier tous les « petits » qui auront eu l’audace, d’une part, et la chance de recueillir les 500 signatures, d’autre part, qui piqueront un point ici ou là.
Bref, le scénario de 2002 pourrait bien se reproduire une fois encore; avec deux risques : que Nicolas Sarkozy soit opposé à Le Pen au second tour et nous emmène vers un succédané de IIIème république ingouvernable ou, en revanche, que le candidat socialiste, n’ayant pu rassembler la gauche unie comme le fit François Mitterrand en 1981, nous conduise au triste spectacle d’une France presque coupée en deux faute d’un rassemblement républicain autour de son nom, ses valeurs, son programme. Et cette image d’une France brisée, amputée, divisée, nous n’en voulons, ni les uns, ni les autres. Ce à quoi nous aspirons tous c’est à la prospérité, la réussite et l’égalité de toutes et de tous au sein d’une république enfin refondée.