Clearstream en détails
Publié le 30 avril 2006 à 18:45
Les évènements qui ont conduit au scandale et l'histoire d'une vraie bombe à retardement qui plonge notre gouvernement ans un grand embarras
2001
- juin: les juges Renaud Van Ruymbeke et Dominique de Talancé sont chargés de l'instruction sur l'affaire de la vente en 1991 de frégates à Taïwan par Thomson-CSF, l'ancêtre de Thales. Ce contrat aurait donné lieu au versement de commissions occultes
2004:
- avril: les deux juges reçoivent un courrier anonyme affirmant que des hauts fonctionnaires français et un ancien responsable du groupe Thomson ont reçu des rétro-commissions à l'occasion de la vente des frégates. Ils commencent à vérifier certains éléments avancés par l'auteur du courrier anonyme, dont un listing qui fait état de numéros de comptes bancaires sur lesquels des fonds auraient transité
- septembre: Renaud Van Ruymbeke lance des commissions rogatoires internationales pour vérifier les accusations portées par le "corbeau", qui évoque avec insistance dans ses courriers plusieurs personnalités politiques, dont l'ancien ministre de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement, les anciens ministres de l'Economie Alain Madelin et Dominique Strauss-Kahn ainsi que le ministre de l'Economie de l'époque, Nicolas Sarkozy. Tous démentent avoir été destinataires de commissions occultes dans le cadre de la vente par Thomson en 1991 de six frégates militaires à Taïwan.
Une information judiciaire est ouverte par le parquet de Paris pour "dénonciation calomnieuse". Elle est confiée aux juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons
- novembre: Nicolas Sarkozy demande au ministre de l'Intérieur Dominique de Villepin de communiquer à la justice l'enquête de la Direction de la surveillance du territoire (DST) qui conclut à une "manipulation" contre lui dans l'affaire Clearstream. Les services de police "apportent naturellement leur concours à la justice" dans cette enquête, assure Dominique de Villepin
2006:
- janvier: Nicolas Sarkozy se constitue partie civile
- 28 mars: le général Philippe Rondot, ancien conseiller du ministère de la Défense pour les questions de renseignement, est interrogé par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons
- 3 avril: perquisition au siège parisien du groupe aéronautique EADS. Auparavant, les juges s'étaient aussi rendus au Secrétariat général de la Défense nationale, ainsi qu'au siège du contre-espionnage français, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), et au domicile du général Rondot
- 13 avril: les juges perquisitionnent au ministère de la Défense, notamment le bureau de Michèle Alliot-Marie et l'ancien bureau du général Rondot. "Cette perquisition pour moi est un mystère", assure la ministre.
Dans les jours qui suivent, le député socialiste Dominique Strauss-Kahn, le député UMP Alain Madelin et Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du MCR, se constituent partie civile
- 26 avril: Mme Alliot-Marie dément les informations de "L'Express" selon lesquelles elle a été informée dès le début de l'année 2004 que l'affaire Clearstream était une manipulation. L'hebdomadaire affirme que la ministre de la Défense "savait parfaitement" que le listing mettant en cause un certain nombre de personnalités politiques, dont Nicolas Sarkozy, était un faux. Le directeur de cabinet de Mme Alliot-Marie, Philippe Marland, aurait demandé fin 2003 au général Rondot d'enquêter sur ce listing. Le militaire a conclu très rapidement qu'il s'agissait d'un faux et l'a expliqué dès janvier 2004 à M. Marland.
Le ministère de la Défense assure n'avoir jamais été en possession d'un listing comportant des noms d'hommes politiques. Selon le colonel Philippe Tanguy, conseiller de presse au cabinet de Mme Alliot-Marie, la liste de comptes sur laquelle a enquêté le général Rondot ne contenait "strictement aucun nom de politique" mais uniquement "des noms de gens du ministère et du monde industriel". La deuxième liste, qui contenait des noms d'hommes politiques, "n'est jamais parvenue au ministère de la Défense"
- 27 avril: Dominique de Villepin dénonce les "rumeurs et les procès d'intention visant l'Etat, les institutions et les services de renseignement" dans un communiqué publié par Matignon. Lors d'un déjeuner à Matignon avec Nicolas Sarkozy, il évoque l'affaire Clearstream avec le ministre de l'Intérieur.
Dans "Le Figaro", le Premier ministre assure que c'est lui qui a commandé lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères l'enquête menée par le général Rondot sur les rumeurs de blanchiment dans le contrat des frégates de Taïwan. "Les conclusions m'ont été présentées verbalement à l'automne 2004".
Comme la ministre de la Défense, Dominique de Villepin assure que la mise en cause de personnalités politiques par un listing constitue "un aspect différent" de l'affaire, qui n'est apparu qu'au "printemps 2004". Il confirme avoir alors demandé "des vérifications à la DST" qui "a conclu à l'absence d'éléments concrets et probants sur les auteurs de cette manipulation". Ces informations ont été communiquées aux autorités judiciaires
- 28 avril: selon "Le Monde", le général Philippe Rondot a affirmé aux juges le 28 mars qu'il avait été chargé dès janvier 2004 par le Premier ministre et sur "instructions" du président d'une enquête sur les soupçons de corruption pesant sur M. Sarkozy.
Dans un communiqué, Jacques Chirac "dément catégoriquement avoir demandé la moindre enquête visant des personnalités politiques dont le nom a pu être mentionné". Dominique de Villepin se dit "choqué par certains amalgames qui sont faits et la mise en cause de l'Etat".