Evo Morales devient le premier président indien de Bolivie

Par Bernard M.
Publié le 23 janvier 2006 à 09:23

Evo Morales, premier Indien accédant à la présidence de la Bolivie, a prêté serment dans un pays où cet événement a fait naître parmi les siens l'espoir d'une meilleure répartition des richesses

Dernier en date des dirigeants de gauche portés au pouvoir en Amérique latine sur des programmes faisant pièce à la politique économique des Etats-Unis, Morales a été élu le 18 décembre avec 54% des voix - score sans précédent depuis le rétablissement de la démocratie dans le pays en 1982.

Planteur de coca et membre de l'ethnie Aymara qui, enfant, gardait les lamas, Morales a été investi au Congrès en présence de douze chefs d'Etat étrangers, du jamais vu en Bolivie.



"Les 500 ans de résistance indienne n'ont pas été vains", a dit Morales dans son discours d'investiture.



Les Boliviens espèrent que cette relève historique sera un facteur de stabilité dans le pays le plus pauvre d'Amérique du Sud. Et malgré son parcours atypique, Morales, qui est âgé de 46 ans et n'a pas fait d'études secondaires, a conquis nombre de sceptiques par son désir de réconcilier la majorité indigène et pauvre avec l'élite d'origine européenne.



Ses prises de position ont toutefois irrité Washington et ses principaux appuis étrangers ont été le président cubain Fidel Castro et son homologue vénézuélien Hugo Chavez, unis dans leur opposition à la présence américaine en Amérique latine.



Toutefois certains Boliviens ne cachent pas leur inquiétude en évoquant l'inexpérience politique de Morales et l'ampleur des défis qui l'attendent.

Morales a bénéficié d'un large mécontentement au sujet de la gestion du gaz naturel bolivien, qui représente les deuxièmes réserves d'Amérique du Sud. La communauté indienne en exige la nationalisation, s'estimant spoliée des richesses de sa terre.



Le nouveau chef de l'Etat a toutefois exclu les expropriations et ne rechigne pas à faire la cour aux compagnies pétrolières étrangères qui ont injecté trois milliards de dollars dans l'économie bolivienne.

L'investiture de Morales fournit aussi à La Paz une occasion d'opérer un rapprochement avec le Chili, son voisin et rival auquel l'oppose un très ancien différend frontalier.