Le Centre d'analyse stratégique défend l'idée d'une immigration choisie

Par Bernard M.
Publié le 17 mars 2006 à 12:11

Le premier rapport du Centre d'analyse stratégique (CAS), successeur du Commissariat général du Plan, plaide pour une immigration choisie afin de répondre aux futurs besoins de main d'oeuvre de la France

Les auteurs de ce document de 150 pages rendu public vendredi se rapprochent en cela des propositions du ministre de l'Intérieur et président de l'UMP.

"La France ne connaîtra pas à l'horizon 2015 (...) de problème démographique global qui justifierait un recours massif à l'immigration", écrit la directrice générale du CAS.



Pour Sophie Boissard, la France doit néanmoins envisager le recours à une "immigration ciblée" comme "solution transitoire" pour les secteurs confrontés à des difficultés de recrutement.

A condition, souligne-t-elle, "que les mécanismes d'orientation de la main d'oeuvre soient efficaces" et que ces secteurs poursuivent parallèlement des efforts pour améliorer leur attractivité et "fidéliser leurs salariés".



Le CAS juge inadaptée la législation actuelle et "illusoire de croire que des immigrés vont accepter d'occuper durablement des emplois mal considérés par les Français".

"Pour le plus long terme, c'est une immigration plus qualifiée et plus fluide qui devrait être recherchée", souligne Sophie Boissard. "Elle permettra à la fois de répondre à des besoins prévisibles de recrutement en emplois très qualifiés et de stimuler de façon durable la croissance de notre économie et l'évolution du PIB par tête."



Le CAS juge "urgent" d'améliorer les conditions d'accueil et d'encadrement des étudiants étrangers en France, afin d'"attirer les talents". Il propose de privilégier les étudiants en mastère et en doctorat et de faciliter l'accès au marché du travail de ceux qui ont achevé leur formation.



A l'horizon 2015, le secteur des services devrait cependant à son tour connaître des tensions, à la fois pour les emplois non qualifiés et les emplois de cadre. Il en ira de même dans l'industrie pour les emplois très qualifiés.

Pour remédier à ces tensions, le rapport privilégie l'augmentation du taux d'emploi et la "mobilisation effective des importantes ressources humaines inemployées" de la France (chômeurs, seniors, femmes, jeunes ...).



Selon le CAS, un relèvement du taux global d'activité de cinq à six points permettrait de maintenir en 2050 la population active de la France au niveau de 2005 (27,5 millions d'actifs). Sinon, à flux migratoires constants, la France pourrait avoir deux millions d'actifs en moins en 2050.



Le CAS plaide également pour la préférence européenne et une "ouverture pleine et entière du marché du travail français aux salariés des nouveaux Etats membres de l'UE", sans tarder.

Il propose aussi que la législation tienne mieux compte de l'internationalisation des entreprises françaises - "Il est impératif de faciliter les mouvements de salariés détachés à l'intérieur d'un même groupe, sinon les choix de localisation de ces entreprises se feront au détriment de notre pays."



Le CAS propose d'autre part d'ouvrir aux étrangers non communautaires les professions qui leur sont aujourd'hui fermées et juge "inéluctable" de s'interroger sur l'exigence fréquente d'un diplôme d'Etat français pour exercer une profession.



Enfin, face à une pression migratoire qui "ne cesse de croître", les Etats de l'UE doivent coordonner leurs politiques migratoires, recommande le CAS, pour lequel "la régulation des flux migratoires" reste "un objectif légitime".