Le calcul est vite fait !

Par Bernard M.
Publié le 03 décembre 2008 à 15:13

Vous comme moi entendez et voyez ces déclarations quotidiennes, pour partie choquantes, au sein desquelles se libèrent des centaines de milliards d’euros ici, des milliers de milliards de yen là-bas, des milliers de milliards de dollars ailleurs. Pour quoi faire ? Pour nous dit-on sauver de la faillite les banques ? Allons ! Soyons sérieux et honnêtes et regardons en face les problèmes qui se posent à nous.


Depuis déjà un quart de siècle, l’appât du gain a permis à des inventeurs géniaux de transposer les règles des jeux de paris dans toutes les institutions boursières de la planète. Ainsi, à côté des cours quotidiens des classiques actions des sociétés de l’économie réelle et des obligations émises par des institutions publiques ou privées assorties de rendements connus par avance se sont créés, d’abord à la marge puis de plus en plus largement, ce que l’on appelle pudiquement les « produits dérivés » et qui ne sont autres que des « fausses » actions parce que leurs cours n’est finalement qu’un pari sur le futur de celles qui sont réelles. Avec ces options, ces warrants et autres call & put sur indices une économie parallèle et virtuelle s’est développée mais dont les fondations sont inexistantes et ce bien qu’elle pèse aujourd’hui près de la moitié des balances de compensation des établissements de crédits.



C’est ce qui pourrit l’économie réelle. C’est ça qui fait flancher tout un système devenu bancal, fragile, extrêmement risqué parce que l’édifice financier aujourd’hui n’est plus qu’un frêle château de cartes devenu hypersensible au vent et au froid, un château qui a créé et continuera de créer des secousses telluriques dans tous les circuits de l’économie et de la finance.



En effet, il n’est plus possible de séparer le bon grain de l’ivraie car les directions financières de la quasi-totalité des sociétés cotées (et non cotées) – dans le dessein d’être encore plus attractives et de pouvoir distribuer encore davantage de dividendes – se sont positionnées sur ces fonds qualifiés de pourris parce qu’ils ne reposent sur rien. Dès lors, la situation est telle que toute l’économie réelle est devenue dépendante de cet énorme casino interactif que l’on nous présente, à dessein, avec des mots de vocabulaire réservés aux initiés à l’instar de ce que firent les scribes au moyen-âge. Pour que l’on ne comprenne pas. Pour tenter de conserver une distance d’avec les politiques comme d’avec les porteurs, petits ou grands. Mais dans les faits, la situation est grave : toute défaillance de l’une quelconque des signatures de ce circuit de paris qui alimente l’économie virtuelle par opposition à l’économie réelle et c’est une réaction en chaîne qui se produit avec des faillites immédiates, des liquidations judiciaires après des dépôts de bilan que l’on n’attendait pas, puisque tous les fondamentaux étaient, selon les gouvernements comme selon les grands établissements de crédit favorablement orientés. Sic ! Las, le mal est fait. Le pire est-il pour autant à venir ? Ce sera selon le courage des uns des uns et des autres, à l’échelle de chaque pays mais de préférence à l’échelle planétaire.



En effet, parallèlement, des pays émergents se développent à la hâte, nous fournissent en produits manufacturés que nous ne produisons plus depuis déjà des décennies parce que leur main d’œuvre très basse a été, de courte vue, un nouvel eldorado pour les milieux industriels souhaitant conserver leur place, leurs parts de marché, leurs marges, dans une économie de plus en plus globalisée, dans un environnement industriel et économique totalement mondialisé. Résultat : les murs des blocs communistes étant tombés et l’économie de marché ayant été adoptée quasiment partout, sans réelle régulation, sans clauses de sauvegarde, sans planification stratégique, ce sont deux à trois milliards de personnes « nouvelles » qui réclament leur part du gâteau et qui souhaitent s’embourgeoiser pour tenter de se rapprocher des standards occidentaux. Impossible ? Pas sûr …



La solution – si l’on veut éviter le syndrome de 1929 et ses conséquences militaires - passe par une nécessaire nouvelle répartition des richesses à l’échelle de la planète. En clair cela signifie mieux payer les pauvres et moins payer les riches. Il va donc falloir procéder, avec un courage politique concerté au plan mondial, à un réajustement sévère des référentiels de produits et de charges, à une réforme totale des systèmes de protection, pour, in fine, arriver au constat que cette perspective coûtera la vie à de sociétés que l’on croyait éternelles et que le sauvetage global, dans un contexte de paix, imposera à tout le moins une réduction de moitié des ressources moyennes des salariés, des artisans et des professions libérales dans le monde occidental. C’est vrai : le calcul est vite fait. Mais la pilule pas facile à avaler …