Le paradoxe italien
Publié le 10 avril 2006 à 22:01
Avec 50 à 54% des voix, le « socialiste » Romano Prodi aurait remporté les élections dans le pays en forme de botte. Victoire de la gauche italienne ? Pas si sûr …
Promesses électorales populistes telles que des cadeaux fiscaux et autres garanties, autant de moyens brandis ces derniers jours par Silvio Berlusconi n'auront pas réussi à lui permettre de renverser une tendance qui paraissait à tous inéluctable.
Pour certains, la victoire de Prodi serait "une excellente nouvelle pour l'assainissement des finances publiques italiennes".
Et pour cause ! Cet eurocrate qui a fait de sa propre « religion » les critères de convergence de Maastricht au point d’en oublier le peuple prendra, assurément, les mesures qui devraient permettre à l’Italie, confrontée à une situation économique qualifiée par les opposants de Berlusconi, de « dramatique » pour cause de croissance nulle, de déficit public à hauteur de 3,8% du PIB et d’une dette elle-même estimée à 108% du PIB pour 2006, de revenir dans le « giron » qu’impose Bruxelles.
C’est là tout le paradoxe pour un pays qui ne supporte pas ou plus l’Europe telle qu’elle est, telle qu’elle évolue, telle qu’elle se profile en termes de valeurs économiques, sociales et sociétales.
Les chiffres énoncés ne sont pas plus inquiétants – loin s’en faut ! – que ceux qui peuvent être examinés, à la loupe, dans l’Hexagone sans que pour autant la France ne soit en situation de « dépôt de bilan ».
Non, les italiens ont répondu par leur vote à une question qui, finalement, les dépassait : choisir par dépit, entre l’un que l’on ne veut plus et l’autre que l’on ne veut pas …
C’est tout le paradoxe de cette élection. L’Italie ne fait nullement un virage à gauche. Même si DSK et ses amis enfourchaient, dès les résultats connus, leurs montures pour aller plaider pour Europe sociale rejetée par voie référendaire, à tout le moins en France et aux Pays-Bas.
Certes, choisir, c’est renoncer. Le résultat de ce scrutin sonne donc, parfaitement, comme un renoncement alors que les parties de bras de fer, dans ce pays réputé « ingouvernable », sont loin d’être finies.
En effet, si la gauche – ou qualifiée comme telle – obtiendrait la majorité des sièges à la Chambre, en revanche, la droite pourrait faire jeu égal avec elle au Sénat ! Et ce blocage institutionnel, prévisible, aura pour effet destructeur de créer les conditions d'un "match nul", au point que déjà les partis, de part et d’autre, manifestent le souhait de retourner aux urnes ...
Pourquoi ? Car, en Italie, le Sénat, deuxième Chambre du Parlement, est d'égale importance pour les processus législatifs ! Et donc la majorité en sièges attribuée au camp Prodi dans les premiers sondages sortis des urnes ne feraient que confirmer une demi-victoire …
Déjà, lundi soir, un représentant du parti de Silvio Berlusconi se donnait du courage en affirmant qu'aux élections américaines, lors du premier mandat de l’actuel président, les électeurs s'étaient couchés avec un John Kerry vainqueur et réveillés avec George W. Bush reconduit à son poste. Une possibilité qu’il ne faut pas négliger. D’autant qu’en cas de demi victoire confirmée, Romano Prodi ne pourra gouverner, si telle est la volonté du chef de l’Etat italien, qu’en s’appuyant sur l'aile la plus à gauche de sa coalition à savoir le parti des communistes orthodoxes Rifondazione comunista, un parti mené par Fausto Bertinotti, un parti qui n’a peur de rien ni personne, un parti qui, justement, avait déjà fait tomber le premier cabinet Prodi. C’était en 1998.
Le paradoxe italien vient nous rappeler que la démocratie des pays développés est malade, que l’Europe est en panne, que la mondialisation effraie jusqu’au plus profond de l’inconscient collectif.
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