Les Français consomment ... à crédit
Publié le 23 décembre 2005 à 10:34
La volonté de consommer sans entamer son épargne, et la part croissante des achats à forte valeur ajoutée dans le budget des Français, sont à l'origine d'une forte progression du crédit à la consommation en 2005
En hausse de 7,8% à fin septembre, le crédit à la consommation des ménages a connu une "année exceptionnelle", selon Nicolas Pecourt, responsable du département études chez Sofinco, filiale de Crédit Agricole SA. Entre 2000 et 2004, la croissance annuelle n'a été que de 3,2% en moyenne.
Sur les neuf premiers mois de 2005, la "production" de crédit (le montant des financements accordés) s'élève à 29,6 milliards d'euros, contre 27,5 milliards sur la même période de 2004, selon l'Association des sociétés financières (ASF).
A fin 2004, un Français sur trois (33%) détenait un crédit à la consommation contre 29% dix ans plus tôt.
A long terme, "dans un contexte de crainte pour le financement des retraites, il paraît plus optimal d'avoir recours au crédit à la consommation que de diminuer son épargne", explique M. Pecourt.
D'autant que 75% des Français l'estiment indispensable pour certaines dépenses telles que l'achat d'une voiture (78%), le financement de travaux à domicile (73%), les études des enfants (57%) ou encore l'achat de meubles et d'équipement électroménager (47%), selon un sondage TNS Sofres pour l'ASF.
Stimulé par les produits à forte valeur ajoutée, le crédit à la consommation profite aussi du déclin, dans le budget des ménages, des dépenses alimentaires, passées en 25 ans de 25% à moins de 15%.
Plusieurs mesures gouvernementales ont également encouragé les ménages à y avoir recours, comme un petit abattement fiscal sur les intérêts en mai 2004 ou des opérations spéciales, comme le permis ou le micro-ordinateur à un euro.
Mais malgré ce décollage, les Français restent peu endettés par rapport à leurs voisins européens : fin 2004, on comptait 2.137 d'euros d'encours de crédit à la consommation par habitant en France, contre 2.791 en Allemagne, 4.309 au Royaume-Uni ou 5.462 en Norvège, selon une étude du cabinet Mercer Oliver Wyman.
Et, contrairement à une idée reçue, c'est bien plus le chômage (31%) et le divorce (15%) que le "trop de crédits" (15%) qui sont à l'origine du surendettement, selon une enquête de la Banque de France parue en septembre.