Plaidoyer pour le courage politique
Publié le 14 septembre 2006 à 11:08
S’inscrivant, de fait, dans le sillage d’Alain Juppé qui, sur le même thème, pour les mêmes raisons, avait déclenché le blocage du pays par cette grève mémorable de l’hiver 1995, François Fillon a fait plus que frémir sa propre famille, incitant la porte-parole de celle-ci à immédiatement réagir par des propos rassurants mais contradictoires.
Pourtant, François Fillon, prenant fait et cause pour une réforme des régimes spéciaux de retraites et affirmant que cette mesure serait inscrite dans le programme de l'UMP pour 2007, ne faisait pas cela parhasard, ni, comme certains osent le dire, en « service commandé ».
La question est ouverte. Elle est là. Elle existe. Il faut larégler.
Mais rien que le fait de l’aborder, tout le monde politique était en émoi mardi dernier !
D’ailleurs, l'ancien ministre de Jean-Pierre Raffarin l’a clairement indiqué, dans une interview donnée à notre confrère Le Parisien :
« Les régimes spéciaux devront être réformés au début de la prochaine législature, cela figurera
d'ailleurs dans le projet de l'UMP ». Dont acte.
Un pavé dans la mare ?
Cette petite phrase a fait grand bruit compte tenu du poids politique de son auteur. En effet, ce conseiller politique de Nicolas Sarkozy est en charge du projet de l'UMP pour les législatives.
Or, au sein de la majorité, n'est-il pas le mieux placé pour aborder la question des retraites, lui qui fut le maître d’oeuvre de la réforme des retraites de 2003 ?
Chacun le sait : François Fillon est très proche du président de l'UMP. Mieux encore, nombreux sont ceux qui parient sur son arrivée à Matignon en cas de victoire de Nicolas Sarkozy à la présidentielle.
Il est donc presque impossible d’imaginer ne serait-ce qu’un instant qu'une personnalité politique aussi expérimentée n'ait pas lancé, à dessein, un tel pavé dans la mare …
Des réactions dissonantes
D’un coté, les porte-parole de l'UMP, Valérie Pécresse et Luc Chatel, ont tenté de calmer le jeu en affirmant que François Fillon parlait " en son nom personnel " et que ses propos n'engageaient ni Nicolas Sarkozy, ni l'UMP.
Appuyant en outre cette « analyse » par des arguments tels que " Ce ne sont que les pistes de réflexion de
François Fillon " a déclaré Valérie Pécresse dans les couloirs de l'Assemblée tandis que Luc Chatel a affirmé
à l'AFP que " rien n'est tranché, sur cette question comme sur d'autres ", le projet de l'UMP pour les législatives étant encore " en phase de préparation ".
En revanche, dans l'entourage de François Fillon, on juge " normal " que l'ancien ministre des Affaires sociales plaide pour que le dossier soit rouvert lors de la prochaine législature car " il juge que sa réforme
n'est pas allée jusqu'à son terme ".
De l’autre, à gauche, le président du groupe PS à l'Assemblée, Jean- Marc Ayrault, a attaqué sur la méthode, jugeant que " les grandes questions sociales " devaient être traitées d'abord " par la négociation
". Car, dans son projet pour 2007, le Parti socialiste s'engage à abroger la loi Fillon sur les retraites et à négocier son " remplacement " avec les partenaires sociaux. Le PS a néanmoins cadré par avance la négociation puisque selon le projet en question, elle ne portera que sur les points suivants : un niveau minimal de pension garantie " qui devra s'approcher du Smic ", une modification des conditions d'évaluation du taux de remplacement, " le mode de financement des régimes spéciaux ", et des dispositions sur le travail
pénible. Rien de révolutionnaire.
Le syndrome de l’échec
Depuis l'échec tonitruant d'Alain Juppé aucun gouvernement n'a pris le risque de relancer la question des régimes spéciaux. Et ni Lionel Jospin qui regrette aujourd'hui de ne pas avoir réformé les retraites
entre 1997 et 2002, ni Jean-Pierre Raffarin qui, en 2003, a écarté d'emblée les régimes spéciaux du champ de la réforme Fillon, la réservant pour la législature suivante ne veulent se brûler les doigts ...
… et lui, François Fillon, s’il ne prêchait pas par excès de modestie, serait le mieux placé pour restaurer ce qu’il nous reste de république puisque ni à droite, ni à gauche, le courage ne semble vouloir dominer l’action. A bon entendeur …