Regard sur une société postindustrielle
Publié le 21 juin 2006 à 10:59
Cette aube du IIIème millénaire qui actuellement crée davantage d’emplois dans les services, les activités tertiaires et quaternaires, une époque qui privilégie la « nouvelle économie » au détriment de l’ancienne, celle pourtant qui nous aura permis tant de progrès et de développement, a quelque chose d’inquiétant pour toutes celles et tous ceux qui avaient bâti leurs repères sur des valeurs concrètes, pragmatiques, tangibles et quasi certaines alors que tous les discours et les actes convergent vers une « virtualisation » de notre économie, de nos échanges, de notre quotidien projeté un univers presque impossible à appréhender.
Les combats, désormais surannés, qui opposèrent les classes au cours du siècle passé sont là pour nous rappeler que notre environnement quotidien, nos moyens techniques, notre niveau d’éducation et notre maturité ont pu progresser grâce à cette révolution industrielle qui aura permis la création de tant de richesses, même si, parallèlement, de légitimes combats prirent place pour endiguer les excès et autres écarts de conduite que la démocratie, à la française, ne peut totalement éviter.
Cette lutte des classes, cette bipolarisation politique qui fit les choux gras de grandes formations jusqu’il y a à peine dix ans ne représente plus rien, ne s’appuie plus sur aucune réalité et n’a, en conséquence, plus aucune légitimité.
En revanche, la mondialisation créé de fantastiques opportunités, permet de nouveaux développements mais elle n’est ni maîtrisée, ni encadrée, ni même régulée y compris par les plus puissantes des nations de notre planète. Pointée du doigt par les uns comme la cause de tous nos problèmes, vertement critiquée par les autres pour sa propension naturelle à creuser les inégalités et transférer la valeur ajoutée des pays riches vers ceux que l’on qualifie d’émergents, la mondialisation, qui ne date pas d’hier, accélère, il est vrai, le démantèlement de nos industries de base au sein de nos pays développés pour en faire profiter une main d’œuvre jusqu’à cent fois plus économique.
En prenant un peu de recul et surtout de la hauteur par rapport à cette situation qui ne peut qu’être transitoire, les vraies questions de notre avenir au sein de l’Europe et face aux « dragons » de l’Asie et des autres grandes puissances, existantes ou en devenir, ne sont posées par aucune des personnalités politiques qui nous gouvernent ou aspirent à le faire.
Oui la France peut être et doit continuer de l’être ce grand pays au rayonnement international qui d’une grandeur passée à l’époque d’un protectionnisme critiquable est désormais perçue comme l’antienne d’un déclin programmé et presque irréversible. Il lui faudrait, pour cela, reprendre ce qu’elle n’aurait jamais du cesser de faire à l’instar d’une vraie politique industrielle, compatible avec les paramètres d’interdépendance qui nous lient aux autres grandes nations. Il lui échoit également l’impérieux devoir de restaurer la force de la décision publique et politique de plus en plus effacée ou rendue inopérante soit par la réalité économique soit encore en raison des transferts de souveraineté qui ont été opérés sans que les conséquences aient été objectivement mesurées. Il lui appartient de soutenir avec tous ses moyens et toute sa force l’activité des métiers et des industries qui font et feront sa réputation comme sa richesse, demain comme dans un siècle, au travers d’une programmation stratégique de ses grands équilibres qui ne relèvent pas seulement de la macroéconomie ou des bases de l’économétrie.
A quelques encablures d’une échéance majeure, le pays et, à travers lui, ses électrices et ses électeurs auront à arbitrer entre des programmes et plateformes de gouvernement qui, pour ceux qui ont été rendus publics jusqu’ici, nous ramènent au millénaire précédent alors qu’aucune vision, aucune projection dans l’avenir assortie d’engagements forts n’ait encore émergé malgré les attentes clairement exprimées de nos compatriotes.
Ce ne sont ni l’Internet, ni les usages du haut-débit et pas davantage la nouvelle économie et sa bulle spéculative qui permettront à notre pays, ses cerveaux, ses bras et ses capitaux de triompher dans l’univers impitoyablement concurrentiel dans lequel nous évoluons.
En attirant les investissements productifs tout en abaissant drastiquement et rapidement le coût de revient horaire de notre excellente main d’œuvre qualifiée, en privilégiant les activités de recherche et de développement qui donneront naissance aux produits et services futurs potentiellement créateurs de richesses autant que de valeur ajoutée, en appliquant systématiquement la « loi du Talion » dans le cadre des transferts de technologies qui se multiplient, toujours à sens unique, notre « Semeuse » nationale pourrait, enfin, redresser la tête et regarder cet arc-en-ciel prometteur d’un futur plus prospère et plus sain pour les générations à venir.
La nouvelle révolution industrielle, à la manière d’un cycle qui se reproduirait, suivant les effets bénéfiques d’un balancier de l’Histoire, est à notre portée pour un juste retour des choses, pour une « restauration » sans doute institutionnellement lourde mais ô combien salvatrice dans ce contexte actuel qui apparaît à chacun de plus en plus délétère.