Schizophrénie ou frustrations objectives ?
Publié le 05 février 2009 à 14:28
L’importante journée de protestation sociale marque sans nul doute le retour des syndicats sur le devant d’une scène qu’ils avaient, parfois malgré eux, parfois par archaïsme, déserté.
Mais ce mouvement massif révèle aussi le mal-être non seulement de celles et ceux qui peuvent plus facilement que d’autres faire la grève mais aussi des salariés du privé, des cadres même dirigeants et des retraités. « Travailler plus pour gagner plus » ils t ont cru, ils ont essayé, mais rien ne semble être venu et les chances que le célèbre slogan puisse porter ses fruits ont été annihilées par la crise financière mondiale.
De cette crise et des remèdes qu’y ont apporté, pour l’instant, les pays les plus riches, s’expliquent et le désarroi plus structurel désormais que conjoncturel et surtout une situation de l'opinion pour le moins profondément paradoxale.
Déjà, à l'évidence, la société se trouve dans une situation de forte tension. Le fait que dans l’enquête CSA Orange du 29 janvier la première place soit donnée à Olivier Besancenot par les sympathisants de gauche est un signe clair, un signe fort. De plus, juste avant cette mobilisation celle-ci recueillait une très large approbation de la part de la population. Et tout le paradoxe, en revanche, tient à la popularité du pouvoir en place, une popularité qui demeure majoritairement populaire.
Mieux encore, plusieurs personnalités classées « de droite » bénéficient d'une cote d'influence exceptionnellement élevée. On peut déjà en conclure que les ingrédients pour que se répètent des mouvements de contestation massif, une contestation durable ne sont pas – loin s’en faut – réunis même si l'agrégation des inquiétudes et des mécontentements prospère.
Pourquoi cette popularité maintenue de l'exécutif ?
Avec 64% de mauvaises opinions il y a tout juste douze mois, Nicolas Sarkozy entamait une période d'impopularité qui avait même atteint un paroxysme en avril pour durer un semestre, jusqu'en novembre 2008. Plus les gens se sont ravisés. Puis la raison l’a emporté sur la passion. Désormais, avec 47% de bonnes opinions contre 45% de mauvaises, le chef de l’Etat confirme son spectaculaire redressement dans l'opinion publique, alors que tout militerait pour que ce soit l’inverse à commencer par le contexte économique et social qui reste, pour le moins préoccupant.
Ce qui est curieux tout en étant rassurant, c’est cette quasi-stabilité de la cote du Président de la République alors qu’au fond sa popularité n’est qu’un indicateur parmi d’autres et que sa seule meure vient « masquer » des mouvements dans l'opinion nécessairement contradictoires.
Les instituts de sondage nous apprennent que le Président progresse, très nettement, chez les jeunes avec un gain de 14 points parmi les 18-24 ans par rapport à novembre dernier.
En revanche, parmi les salariés, le repli se confirme, même si son ampleur reste par comparaison assez modeste. Que s’est-il passé ? Rien sinon une inflexion assez nette et bien sentie du discours de Nicolas Sarkozy depuis septembre dernier lui conférant ainsi un acquis important grâce à cette nouvelle orientation. Les statistiques nous révèlent en outre que son image est particulièrement homogène dans la quasi-totalité des couches socioprofessionnelles c’est-à-dire quelque soit le niveau de revenu du ménage des personnes interrogées.
Un Premier ministre inusable ?
François Fillon contribue à cette bonne image de l’exécutif, lui, en tant que personne et non seulement sa fonction. Lui aussi comme chef d’une équipe plutôt globalement appréciée et jugée compétente.
L’élu de la Sarthe maintient une cote d'opinion très nettement positive avec 50% de bonnes opinions contre 37% de mauvaises, même si l’usure du pouvoir vient quelque peu effriter les premiers chiffres que l’on a connu lors de son arrivée à Matignon.
La contestation sert les intérêts de la gauche mais laquelle ?
Juste avant le congrès de fondation du Nouveau Parti Anticapitaliste prévu pour se clore le 8 février, Olivier Besancenot devient, pour la première fois, la personnalité dont les sympathisants de gauche souhaitent le plus qu'elle ait davantage d'influence dans la vie politique. A 62% ! Si bien entendu sa progression la plus forte s’enregistre parmi les personnes les moins diplômées et parmi les actifs de plus de 50 ans, lui, contrairement à l’autre extrême, à droite, en totale déliquescence, aboutit à un résultat qui sera durable en raison de l'homogénéisation de son audience parmi les catégories populaires.
Les tracasseries politico-judiciaires que le célèbre postier a connues ont finalement renforcé sa stature de premier opposant à Nicolas Sarkozy. La dynamique d'opinion en sa faveur ne se dément pas, même s’il durcit chaque jour davantage son discours.
À la faveur de la crise, la société se pare de nouvelles vedettes ou en confirme d’anciennes : l'évolution de la cote d'influence de Laurent Fabius est impressionnante, tandis que Martine Aubry voit sa cote d'influence baisser et celle Benoît Hamon la sienne s’effriter. Même à gauche.
Jean-Luc Mélenchon, qui lance bientôt son Parti de Gauche, reste marginal tout comme bien d’anciens caciques de l’ère jospinienne ou mitterrandienne.
Au final, l'inquiétude des Français face à la situation économique et aux sacrifices sociaux à venir est réelle et sans doute durablement établie. Voilà la raison majeure de la part grandissante pour un discours protestataire. Pour autant, les initiatives prises par l’exécutif ne sont pas sanctionnées ; elles sont même globalement soutenues. La population n’est pas schizophrène. Elle exprime simplement ses craintes, ses frustrations, ses angoisses. Mais sur fond de sagesse populaire. Un capital que l’opposition ne pourra pas – pas encore – transformer en butin électoral …