Trois petits tours et puis s’en vont

Par Bernard M.
Publié le 13 octobre 2011 à 12:10

Ainsi peut-on résumer en quelques mots la campagne télévisuelle de la primaire socialiste pour l’élection présidentielle. Avec le recul, sans l’affaire qui lui a coûté son avenir politique, la scène eût dû être monopolisée par DSK qui désormais se remet de ses émotions, place des Vosges, un quartier populaire de Paris comme l’aiment d’ailleurs bien des sympathisants et bien moins les militants.

Le sort en a voulu autrement. Et du coup la primaire revêt un nouvel intérêt puisque s’y affrontent les quelques talents de la gauche socialiste et radicale sous la forme de discussions de salon très convenues.

Cette très coûteuse campagne, modifiée dans ses règles après les ratages de celle de 2007, ne présente guère d’intérêt puisque tous appartiennent, à l’exception du candidat « touriste » radical qu’est M. Baylet, au même parti et donc défendent et défendront devant nos compatriotes le même programme.


Toute cette mise en scène n’est qu’une vaste opération de communication. Elle fait d’ailleurs les choux gras des médias. Mais elle ne fait qu’amplifier les points positifs et négatifs, les angles saillants, des personnalités qui s’affrontent alors que la logique républicaine, dans une perspective d’alternance, aurait dû conduire à une primaire à gauche, avec toutes les composantes de l’opposition, et donc ne se limitant pas au seul parti socialiste avec ces cadres quadras devenu quinquas, qui finissent par nous lasser, le comique de répétition ne faisant pas partie du patrimoine français.

La personne qui aura remporté cette victoire devra, pour figurer au second tour de l’élection présidentielle et avoir des chances de l’emporter, nouer des alliances dont certaines, chacun le sait, sont contre nature, des alliances aux contours d’une union de la gauche telle que François Mitterrand était parvenu à l’édifier le temps d’une élection, il y a tout juste trente ans.

Parce qu’il a fait deux septennats, parce qu’il a réussi à imposer durablement les forces de gauche dans le paysage politique français, en particulier au sein des collectivités locales, parce qu’il a pris des mesures fortes, François Mitterrand appartient à l’Histoire de France et à celle du socialisme à la française, une Histoire certes très contemporaine, mais une Histoire de laquelle les candidats d’aujourd’hui se réclament bien volontiers, car ils rêvent tous de répéter, l’an prochain, le succès de « La Force Tranquille » du 10 mai 1981.

Les sondages vont bon train tout comme les études d’opinion. Il en ressort assez clairement que nos compatriotes d’intéressent à ce débat et qu’ils attendent d’un possible candidat à l’alternance des qualités indispensables à un Homme d’Etat à savoir : rigueur et tolérance mais aussi fermeté et autorité. Parti trop tard et un poil trop jeune, le talentueux député-maire d’Evry en a l’épaisseur. Et on ne peut que regretter que ses chances de l’emporter soient si minces alors qu’il se place en rupture d’avec le mitterrandisme et incarne plutôt bien la gauche moderne, une gauche du 21ème siècle, débarrassée de ses tabous et de ses complexes.

En revanche, les autres, tous les autres, se réclament volontiers des grandes années fastes où François Mitterrand régnait sans partage, comptant sur l’« amnésie » de nos compatriotes afin que l’on ne répète pas – ou pas trop fort – que ce furent des années qui ont plongé le pays dans le marasme ! En effet, les années Mitterrand sont certes celles des radios libres et de l’abrogation de la peine de mort. Mais elles sont aussi celles qui succédèrent à un vrai faux attentat (de l'Observatoire) pour tenter de se faire élire, elles noyaient le poisson dans d’autres sujets car il fallait à tous prix nous dissimuler ici l’entretien d’une maîtresse et d’une fille adultérine dans les palais de la République, là le rachat d’une société d'un ami – Vibrachoc - par une société d'Etat pour cinq fois sa valeur, sans parler du simple fait de faire lire, durant tout son mandat, et même au-delà, des rapports de santé totalement faux et mensongers. C’est aussi durant ces années-là que l’homme de Solutré devait endosser la lourde responsabilité d’avoir laissé filer la dette de la France de plus de 250 % durant son premier règne.

Tout ceci et le reste appartient à l’Histoire. Mais surtout au passé. Or le déficit de mémoire est le meilleur actif pour tout candidat politicien à la succession d’un autre, tout en occultant les points noirs qui pourraient entacher une image rénovée, voire restaurée, d’un passé pourtant moins faste que l’on veut bien nous le faire croire.

Un autre point, et non des moindres, mérite d’être souligné : quel que soit le résultat de cette élection partisane, avant l’heure, si l’heureux gagnant parvient à transformer l’essai, lors du scrutin présidentiel, nous aurions alors toutes les chances, vraiment toutes, de revoir celles et ceux que nous avons toujours vus et connus, les « éléphants » comme les autres.

Voilà pourquoi cette primaire relève d’une cosmétique trompeuse puisqu’elle conduit à placer des espoirs dans un système et des équipes éculés, déjà usés par les pouvoirs qu’ils ont eus et qui ont déçu, suffisamment pour décomplexer la droite républicaine et porter celle-ci, symbolisée par l’actuel locataire de l’Elysée, au pouvoir.

Enfin, un autre danger nous menace : il s’agit des contrepouvoirs que nos institutions de la Vème république sont supposés opposer à l’exécutif. Or, gouvernant déjà presque toutes les régions, la majorité des départements et de très nombreuses grandes villes, agglomérations et communautés, ayant récupéré la majorité au Sénat, la « Haute Chambre », tout récemment, le simple fait de signer un chèque en blanc au candidat socialiste au printemps 2012 nous exposerait alors à des risques contre lesquels rien ni personne ne pourrait lutter …



Bernard Marx