Comparaison osée ? Osons la comparaison !
Publié le 22 mars 2006 à 14:10
Les événements qui se succèdent et qui fragilisent chaque jour davantage le Premier ministre et son équipe méritent que l’on prenne un peu de recul, que l’on s’y attarde, au risque de déplaire, sans doute, de surprendre, c’est certain.
• Désinformation, de part et d’autre, auront conduit les protagonistes comme les détracteurs du CPE à s’affronter avec une vigueur et une ampleur que nous avions oubliées.
• Désinformation des médias qui ne jouent pas ou plus leur rôle de «profession témoin», allant jusqu’à affirmer que la loi en question a été imposée, aux forceps, via le fameux article 49.3 alors que c’est totalement faux.
• Désinformation du gouvernement, de Villepin en tête, qui sur le fond comme sur la forme ne tient pas les engagements pris devant les partenaires sociaux.
Dont acte.
En revanche, les plateaux de télévision, les débats, les « micros-trottoirs » tiennent lieu de propagande qui affaiblit notre démocratie, ne donnant la parole qu’aux protestataires. Pas une voix ne s’élève, au sein de la jeune génération, pour apporter un témoignage, fût-il minoritaire, pour opposer ses arguments à une pensée voulue unique par nos bretteurs politiciens qui n’ont, en ligne de mire, que l’échéance prochaine des élections présidentielles et des législatives qui s’ensuivront.
Ce sont les faits, récents, qui, bien au-delà, révèlent un mal-être plus général de toute la population qui prend fait et cause en faveur de ces grévistes.
Pourquoi ? Car tout le monde, ou presque, est sous pression : les affres de la mondialisation déstabilisent le tissu économique et social, le pouvoir d’achat des ménages est soumis à une réfaction qui contredit les statistiques très officielles de l’Insee sur l’inflation et le panier de la ménagère, les coûts de l’immobilier à la location comme à l’achat s’envolent, au même rythme que se sont envolées notamment les prestations de services avec le passage à l’euro et aux 35 heures.
Les carnets de commandes des petites et moyennes entreprises se dégarnissent et ne leur offrent plus désormais qu’une visibilité si faible qu’elle rime nécessairement avec précarité et CDD.
La mobilité comme la flexibilité, qui ont fini par s’imposer au Royaume-Uni comme outre-Atlantique et même outre-Rhin, ne sont ni acceptées ni voulues par nos compatriotes, quelle que soit leur origine, leur catégorie socioprofessionnelle, leur tranche d’âge.
Alors les vieux démons ressortent : mai 68, d’abord, qui à la faveur d’une réforme parmi d’autres aura conduit à une remise à plat de bien des modèles de la société française, le collectivisme, ensuite, qui, sauf à embrasser les thèses staliniennes, trotskistes ou encore léninistes dont personne ne veut plus mais dont les fondements apportaient aux uns et aux autres des garanties que le monde actuel n’offre plus. Plus du tout.
La tentation est donc forte, pour tous les exclus des miracles du CAC 40 et des extraordinaires avantages catégoriels consentis à quelques corporations, au détriment des autres, avec leur argent, celui de leurs impôts, directs comme indirects, de se révolter.
L’édifice sociétal qui s’effondre devant nous a donc des relents d’un passé peu glorieux et nourrit les ambitions des extrêmes, lesdites extrêmes qui, aux yeux des citoyennes et des citoyens de notre pays, seraient les seuls mouvements qui ne nous auraient pas, au cours du quart de siècle écoulé, « roulés dans la farine ».
Alors oui : osons la comparaison ! La stigmatisation sur le retrait du CPE, les mouvements de rues qui s’accompagnent de volontaires dégradations de notre patrimoine public et souvent historique préfigurent un coup de barre significatif des électrices et des électeurs. D’un coté ou de l’autre. Sauf à conclure, comme ce fut le cas en mai en mai 1968, après un geste significatif et hautement symbolique du chef de l’Etat, des accords de Grenelle adaptés à notre époque et de nature à pouvoir remettre, sans danger, le couvercle sur une cocotte sous haute pression.