Les acquittés accusent
Publié le 18 janvier 2006 à 15:50
Les personnes acquittées dans l'affaire de pédophilie d'Outreau ont publiquement et vivement mis en cause le juge d'instruction chargé du dossier, le juge Burgaud
Dans les dépositions de la journée, les personnes acquittées racontent comment Fabrice Burgaud aurait refusé de prendre en compte des éléments à décharge très précis, comme des agendas, qui permettaient d'infirmer des accusations datées.
Le magistrat a limité le plus souvent les investigations à un interrogatoire et une confrontation jugée biaisée.
Le juge donnait crédit systématiquement aux trois accusateurs adultes, dont les mensonges sont aujourd'hui avérés, en refusant de consigner en procédure les incohérences de leurs affirmations, ont-il assuré.
Les acquittés ont décrit la "cruauté" qu'ils prêtent au magistrat. Fabrice Burgaud a demandé la détention de Karine Duchochois, quand elle était enceinte de cinq mois. Sans succès. Elle a été la seule des 13 acquittés à ne pas faire de prison.
Bien que son fils ne l'ait jamais accusé, le juge a toujours refusé toute rencontre entre Karine Duchochois et son enfant, même sous surveillance, durant trois ans.
L'huissier Alain Marécaux, détenu durant 23 mois, a raconté comment il avait appris la mort de sa mère juste avant un interrogatoire du juge.
"Celui que je qualifierais de meurtrier de ma mère, le juge Burgaud, vous croyez qu'il aurait reporté l'interrogatoire ? Il n'a pas eu une parole, un geste. Trois jours plus tard, je suis allé à l'enterrement en fourgon cellulaire, menottes aux poignets", a-t-il raconté.
Il a été libéré après 98 jours de grève de la faim et trois séjours en établissement psychiatrique.
Le juge aurait aussi usé de chantage et d'intimidation. Il aurait lancé à Thierry Dausque, selon ce dernier : "Vous avez intérêt à parler parce que c'est vingt ans de prison". Selon le chauffeur de taxi Pierre Martel, le magistrat a déclaré : "J'ai trois ans pour instruire, vous aurez vingt ans pour réfléchir".
Jeanine Couvelard a raconté que le juge Burgaud l'avait menacé d'envoyer les policiers conduire de force chez un cabinet d'experts son fils, handicapé mental et physique, sur lequel pesait des accusations de viol particulièrement fantaisistes.
Et ces dépositions sont intervenues le jour même où, dans une interview publiée par L'Express, le juge Burgaud se dit victime d'une injustice et refuse de s'excuser.