Pôle Nord, Guerre froide

Par Bernard M.
Publié le 13 août 2007 à 12:09

Plus tôt dans le mois, la Russie a jeté un pavé dans la mare arctique en envoyant une équipe scientifique à bord d’un brise glaces au pôle nord. Cette expédition a planté un drapeau russe symbolique sur le fond marin, en forme de prétention aux ressources pétrolières et minérales restant à découvrir de cette région prometteuse.

Vendredi dernier, le Canada a réagi et Stephen Harper, son premier ministre a déclaré que son gouvernement allait installer deux nouvelles installations militaires dans les régions arctiques pour asseoir les prétentions de souveraineté canadienne sur le passage Nord Ouest et ses engagements à long terme sur les régions polaires.

Stephen Harper a déclaré que les forces armées canadiennes construiraient un nouveau centre d’entraînement sur Resolute Bay. En outre, l’ancien site minier de Nanisivik, muni d’un port en eaux libres sera reconverti. "Le gouvernement canadien comprend que le premier principe de la souveraineté en Arctique est : l’utiliser ou le perdre" a-t-il déclaré depuis Resolute Bay, ajoutant "l’annonce faite aujourd’hui montre au monde que le Canada a une présence réelle et de longue date dans l’arctique"
Resolute Bay, pouvant abriter jusqu’à 100 militaires, sera un centre d’entraînement de combat dans des conditions de froid extrême (Quand Stephen Haper a fait sa déclaration, la température estivale était de 2°C). Ce centre d’entraînement utilisera des locaux gouvernementaux existants. Le coût de la mise en état est estimé à 4 millions de dollars selon un communiqué du gouvernement. Harper, qui a fait sa déclaration conjointement avec le ministre de la Défense Gordon O’Connor, a également annoncé une augmentation de 900 membres du nombre de Rangers Canadiens. Il y a environ 4 100 rangers patrouillant actuellement dans des communautés éloignées, isolées ou côtières.

La construction d’un port en eau profonde à usage civil et militaire sera engagée à Nanisivik, ancien site exploitant des mines de plomb et de zinc sur l’île de Baffin. L’installation portuaire existante, munie de docks et de réservoirs basiques est utilisée occasionnellement par des navires de croisière et par les Garde Côtes canadiens.

La reconversion, planifiée pour durer de 2010 à 2015, coûtera approximativement 100 millions de dollars au canada. Le site est en cours de décontamination. L’activité minière, stoppée depuis 5 ans, avait contaminé les sols par des métaux lourds pendant ses 25 ans d’exploitation. Murray Markle , porte-parole de la compagnie propriétaire de la mine - Breakwater Resources - a déclaré que le site du port est déjà décontaminé : "Nous avons évacué tout le sol contaminé de la zone portuaire", ajoutant "There was some hydrocarbons there that we excavated last year, there was metal contamination in the soils. We're in the process of cleaning that up” et précisant que le port est pris par les glaces en hiver mais reste parfaitement utilisable en été : "Tous les gros navires peuvent l’utiliser, il y a 50 pieds de profondeur, et donc peu de limitations. C’est un port en eau profonde"


Stephen Harper a déclaré que ces deux installations aideraient à rappeler les revendications canadiennes sur le passage Nord Ouest, disputées par de nombreux pays, dont les USA, le Japon et l’Union Européenne. La pression sur les nations ouvertes sur l’Arctique remonte à 1982, date de la convention des Nations Unies sur les lois de la mer, leur donnant un délai de 10 ans après la signature pour prouver leurs prétentions sur la banquise polaire. Seuls les Etats-Unis n’ont pas ratifié ce traité.

Le Danemark, de son côté enverra incessamment une expédition scientifique en Arctique pour assurer ses propres prétentions. Conduite par des brise-glace Danois et Russes, et équipés de sonar afin de cartographier le fond, l’expédition aura 40 scientifiques, dont 10 Danois.

"Nous allons récupérer des données en vue d’une éventuelle demande (de souveraineté)" a déclaré Christian Marcussen, chef de l’expédition. "Il n’est pas de notre ressort de formuler une demande de propriété"

Plus tôt dans l’année, le Canada a envoyé des hydrographes pour compléter les cartes sous-marines et épauler les prétentions canadiennes.

La Russie, le Canada et le Danemark prétendent tous être physiquement reliés à la dorsale Lomonosov, une montagne sous-marine de 2000 kilomètres.