Que reste-t-il du Gaullisme ?

Par Bernard M.
Publié le 12 novembre 2010 à 08:55

Le quarantième anniversaire de la disparition du Général de Gaulle est célébré par toutes les familles politiques dépassant très largement les clivages qui d’ailleurs sont très éloignés de la mémoire et les souvenirs que suscitent le grand Homme.


Les générations actuellement aux responsabilités n’ont certes pas connu autrement que par l’Histoire et son traitement par l’Education nationale. Les souvenirs remontent aux mandats de Jacques Chirac et, au mieux, à ceux de François Mitterrand, le premier fervent Gaulliste et le second se déclarant volontiers Gaullien.



Une telle opportunité politicienne ne se présente pas tous les jours et il fallait s’attendre à cette surenchère à laquelle nous assistons, attristés, où toutes et tous se réclament de cette inspiration unique, les uns et les autres étant tous plus fidèles aux idéaux de l'homme de Londres de même qu’aux principes fondateurs de la Vème République. En substance, chacun conserve à son actif un peu ce qui l'arrange et les habits de résistant, d'homme de la rupture ou de garant de l'indépendance nationale viennent parer les caciques et ténors du paysage politique actuel.



Nicolas Sarkozy lui s’est rendu à Londres, au printemps dernier, pour y célébrer le 70ème anniversaire de l'appel du 18 juin et était mardi dernier à Colombey-les-Deux-Eglises en Haute-Marne pour y commémorer l'anniversaire du décès de Charles de Gaulle, le 9 novembre 1970.



Chef de file de l’opposition, incroyable mais vrai, Martine Aubry n'a pas hésité à enrôler le "général" aux côtés des grandes figures de la gauche et de la Société profitant de cette occasion qui lui était offerte pour tacler la politique du chef de l’Etat à l'encontre des Roms. Peu relevé par les observateurs et journalistes spécialisés, la maire de Lille a pourtant, dans son discours de rentrée fin août à La Rochelle, déclaré : « dans la France de Voltaire, de Hugo, de Zola, de Camus, dans le pays du général de Gaulle et de Pierre Mendès France, dans la nation aussi de Zidane et de Marie N'Diaye, on ne met pas impunément en circulation des notions aussi nauséabondes ». Dont acte.



A gauche, bien mieux placé pour cette mise en parallèle d’équilibriste, l'ancien ministre de l'Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, a quant à lui revendiqué parmi les premiers les valeurs du gaullisme à commencer par l'indépendance nationale. D’ailleurs, alors qu’il était en poste, son Président, Feu François Mitterrand, a très habilement épousé les habits de l’homme qu’il avait toujours combattu et ce dès son élection, profitant des leviers de stabilité des institutions de la Vème République.



En revanche, à droite, le combat des chefs s’organise et l’ont, en observant le pitoyable spectacle auquel nous invitent les ténors de la majorité actuelle qui nous servent un plat du type « plus gaulliste que moi tu meurs ! ».



Il est important de se rappeler que Nicolas Sarkozy a toujours voulu axer les réformes sur lesquelles repose son mandat sur « quelques convictions fortes » issues du gaullisme, une manière décrite par l’ancien maire de Neuilly défini comme étant celle de « l'art, par la rupture, de concilier tradition la révolution ». Pour autant, ses adversaires lui reprochent son souhait consistant à mettre en valeur l'héritage de la Résistance c’est-à-dire « la vraie France, celle qui avait la voix du général de Gaulle », les antisarkosystes y voyant là une tentative de récupération difficile pourtant à démontrer.

Il est même curieux de constater à quel point le « gaullisme » de Nicolas Sarkozy peut à ce point être contesté et ce en provenance de tous les horizons, l’accusation la plus sérieuse et sans doute la plus grave étant d’accuser le chef de l'Etat, régulièrement, de brader cet héritage, invoquant comme argument « massue » et sur la réforme des institutions et la réintégration complète de la France dans l'Otan.



Les souverainiste ne sont pas davantage tendres avec le Président puisque Nicolas Dupont-Aignan, président de « Debout la République », critique un "gaullisme de façade " alors que M. de Villiers rejette toute inspiration d’un revers de la main.



Jean-Louis Debré, le président du Conseil constitutionnel, considère, à juste titre, qu’il y a eu "d'autres formes" de gaullisme après le général de Gaulle, citant Georges Pompidou, François Mitterrand à sa manière et naturellement le gaullisme très orthodoxe de Jacques Chirac. Pour le fils de Michel Debré, inspirateur de la Vème République, il n’est pas question d’associer le nom de l’actuel locataire de l’Elysée à une quelconque référence au gaullisme historique.



Surfant sur les vagues les plus osées, l’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, a l’ambition qui dépasse sans doute ses moyens mais toujours est-il veut qu’il entend incarner la modernité du gaullisme ! Rien que cela. Tout en modérant ce ralliement sur le tard par des déclarations en guise d’amortisseurs : « je ne prétends pas défendre à moi seul cet héritage. Aujourd'hui, la pensée gaulliste est revendiquée aussi bien à gauche qu'à droite et c'est tant mieux » explique ainsi le fondateur du parti République solidaire.



À l'extrême droite, si longtemps farouchement hostile au Général ne serait-ce qu’en raison de l'indépendance accordée à l'Algérie, le gaullisme est quand même une partie de son « fonds de commerce ». Le sujet n’est plus tabou puisque Marine Le Pen, vice-présidente du Front National, le 2 novembre, soulignait que « Nicolas Sarkozy est en train de solder définitivement, d'être le fossoyeur de la politique d'indépendance du général de Gaulle » alors que se signait l'accord franco-britannique de défense, un accord actuel mais qui n’en est pas moins historique.



Evidemment, le général est, bien au-delà de son propre camp, une solide référence ! Il est censé par les valeurs qu’il avait défendues inspirer plus que jamais l’action publique mais cette rivalité de l’héritage est bien dérisoire quand on sait que cette référence ne suscite plus aucun enthousiasme chez nos compatriotes puisque selon un sondage réalisé à la mi-juin - en pleines célébrations gaulliennes - le gaullisme était considéré comme un courant d'idées périmé pour 73% des Français !

La génération des anciens, ne représentant plus que 27% des sondés, continue cependant à considérer l’héritage du Général comme "important" et "toujours d'actualité".