Recyclage et récupération
Publié le 20 mars 2006 à 10:22
Vous pensiez qu’il s’agissait de déchets ? Détrompez-vous ! La question est plus large, plus vaste et vient obérer le peu de cohésion qui subsiste dans notre Vème République maintes fois réformée qui en fait – de facto – une VIème.
Ils sont jeunes et moins jeunes. Ils souffrent. Ils sont ou se sentent exclus d’une Société au sein de laquelle ils peinent à se faire une place si ce n’est la trouver. De qui s’agit-il ? De toutes celles et tous ceux qui enchaînent les CDD, les stages et autres « rustines » que le Code du travail autorise ou tolère, faisant d’eux des
« objets » soumis aux règles d’un marché qui ne changera jamais, celui de l’adéquation entre une offre et une demande.
Oui les emplois jeunes créés par centaines de milliers lorsque la gauche plurielle était aux manettes, aux frais de l’Etat et des collectivités locales, directement, et donc du contribuable, indirectement, n’étaient rien d’autre qu’une forme de recyclage des excédents statistiques de l’ANPE, de l’INSEE et du BIT mis dans le même panier.
Oui, les stages si nombreux, créés ici et là, qui ne débouchent que sur des situations précaires, au mieux, ou aux guichets de l’ANPE, au pire, ne sont que des « rustines » pour tenter de boucher les trous béants de notre système de moins en moins adapté à notre époque d’une part et à la demande des employeurs d’autre part.
Oui, l’intérim, les contrats à durée déterminée et autres subterfuges pour ne pas avoir à s’engager trop, dans la durée comme dans les obligations, se sont développés de manière exponentielle pour faire face aux carcans, aux rigidités de nos lois et règlements surannés comme d’ailleurs, pour la plupart – ce que ne relaient que peu, de manière étrange, les médias – pour faire face aux fluctuations de plus en plus importantes des carnets de commandes des entreprises et donc de leurs besoins en main d’oeuvre.
Alors ces « bouche-trous » sont recyclés dans ces
« logements sociaux » que sont tous ces contrats et toutes ces formules de précarité. Il s’agit bien là de recyclage car personne, jusqu’ici, n’a trouvé de solution pour offrir davantage de flexibilité aux entrepreneurs honnêtes qui ont vu, au fil du temps, leur visibilité se réduire à l’échelle de la semaine quand ce n’est pas du jour au lendemain.
Notre système éducatif doit être remis à plat. C’est certain. Il en va de même de notre Code du travail. Et les syndicats, eux-mêmes, pourraient se réformer, de l’intérieur, pour transformer leurs propres raideurs, clichés et idées préconçues en ouverture plus pragmatique et réaliste au dialogue. Comme l’ont fait leurs pairs outre-Rhin.
Derrière la situation actuelle, qui s’exprime avec violence dans la rue comme dans les établissements d’enseignement supérieur, se cache, à peine voilée, une récupération politique sinon politicienne d’un mécontentement certes massif et d’angoisses collectives au profit des forces de gauche, notamment révolutionnaires, qui en font leurs « choux-gras » y voyant là, en outre, l’occasion – sans doute unique – de faire basculer l’opinion en faveur d’une alternance l’année prochaine alors que le bilan de ceux qui tirent les ficelles n’est guère glorieux.
Dimanche soir dernier, M. le Premier ministre a expliqué, avec des termes clairs, les raisons pour lesquelles il entendait maintenir le CPE et les garanties présentes et futures qui seraient consenties à leurs attributaires. C’est plus que ce qui n’a été offert jusqu’ici à quiconque qui acceptait un premier emploi, quelle qu’en soit la forme, en CDI comme en CDD.
Indemnités, préavis, primes, garanties de l’Etat pour les loyers et prêts bancaires, … autant de « cadeaux » que ni les TPE, ni les PME ne pourront jamais offrir à quiconque, faute de moyens, faute de peser assez lourd.
Votée par le Parlement, la loi s’appliquera. Et les plus malicieux pensent déjà à la détourner : car en enchaînant CPE sur CPE, compte tenu des garanties, primes et préavis qui l’assortissent, le « professionnel » du CPE pourra multiplier son salaire par deux ou par trois, avec, en prime, de belles vacances et des aides substantielles provenant de l’action sociale. Un non-sens de plus dans une République malade, qui ne pourra relever les défis auxquels elle est et sera confrontée qu’au prix d’une refondation, celle, finalement, d’une VIIème République …