Le Président Sarkozy est bel et bien en état d'apesanteur

Par Bernard M.
Publié le 02 juillet 2007 à 17:19

Une étude et un sondage CSA publié dans Les Echos et diffusé sur BFM

Nous avons la confirmation ce mois-ci de ce que nous anticipions déjà le mois dernier, juste après l'investiture de Nicolas Sarkozy. Le Président est bel et bien en apesanteur : la popularité de la politique économique conduite par le gouvernement est à son plus haut niveau depuis dix ans que nous enregistrons cette mesure.

Pourtant, les Français - à l'exception des plus favorisés - ne pensent pas qu'ils bénéficieront des mesures fiscales mises en œuvre ou annoncées par le gouvernement. Leur soutien repose en fait sur une confiance dans l'efficacité macroéconomique du choc fiscal annoncé - une majorité de Français pense que ces mesures relancerons la croissance. Au moment d'affronter ses premiè¬res vraies tensions avec les syndicats sur le service minimum, le Président pourra en outre compter sur le très large soutien des Français concernant cette mesure (74% d'approbation). 57% contre 34% des Français jugent " bonne " la politique économique menée par le gouvernement. Ja­mais cette question barométrique testée depuis près de dix ans n'avait atteint un tel niveau, le précédent pic de popularité datant de juillet 2000 (au moment de l'Euro gagné par la France), sous l'ère Jospin. Ce ni­veau contraste surtout avec ceux observés sous les deux précédents gouvernements Raffarin puis Villepin où le rapport optimistes/pessimistes était l'inverse de celui-ci. Ce très haut niveau n'est toutefois pas une surprise puisque nous anticipions déjà le mois dernier un tel état de grâce : 62% de bonnes opinions contre 30% de mauvaises. Mais, à l'époque, nous ne testions pas comme d'habitude la politique économique effective­ment " menée " mais celle que le gouvernement " comptait mener ". Si le principe d'un hiatus entre l'anticipation et la réa­lisation est tout à fait normal et était d'ailleurs prévu (Cf. synthèse de mai), la baisse observée (5 points) n'est pas anodine. Cette " baisse " semble devoir à la fois au premier faux pas gouvernemental sur la TVA sociale (qui a déjà coûté fort cher électoralement du­rant l'entre-deux tours législatif) et au sentiment plus global que tout le monde ne bénéficiera pas person­nellement des cadeaux fiscaux annoncés : les Fran­çais estimant qu'ils profiteront de ces mesures fisca­les sont presque deux fois plus nombreux (80% con­tre 44%) à juger " bonne " la politique économique gouvernementale que ceux qui pensent qu'ils n'en bénéficieront pas. Dans le détail, la politique économique conduite par le gouvernement est majoritairement appréciée dans toutes les catégories sociodémographiques, mais séduit tout de même nettement plus les catégories favorisées que les catégories populaires : 80% de bon­nes opinions auprès des artisans petits commerçants et chefs d'entreprises, 60% auprès des cadres et 51% auprès des ouvriers. C'est d'ailleurs la baisse enregistrée auprès de ces catégories populaires qui explique l'essentiel de la baisse de 5 points enregistrée depuis un mois : en mai 2007 64% des ouvriers jugeaient " bonne " la po­litique que " comptait mener " le gouvernement ; en juin, ils sont 13 points de moins (51%) à juger " bonne " la politique économique effectivement " conduite " par celui-ci.
La confiance, voire la " foi " constitue le principal res­sort de cette popularité de la politique économique conduite par le gouvernement. Ce phénomène est par­ticulièrement visible concernant les réactions des Fran­çais à propos du " paquet fiscal " : Les Français (35% contre 61%) - à l'exception nota­ble des chefs d'entreprises (66% contre 34%) - ne pensent pas qu'ils bénéficieront personnellement de ces mesures fiscales. Le sentiment d'être un gagnant du " paquet fiscal " est par ailleurs totalement corrélé au niveau de revenu des personnes interrogées : le sentiment d'en bénéficier passe de 30%, à 34%, puis 41% et enfin 48% à mesure que l'on progresse dans les tranches de revenus. Et pourtant ces mesures sont soutenues (Cf. vagues précédentes du baromètre) tout comme la politique économique du gouvernement est populaire car une majorité de Français (52% contre 42%) pense qu'el­les seront efficaces pour relancer la croissance éco­nomique en France
Les trois-quarts des Français (74%) sont favorables à l'instauration d'un service minimum dans toutes les entreprises de transport en cas de grève. Ils sont aussi largement favorables aux deux grandes modalités d'application imaginées par le gouvernement : l'obligation pour tout salarié de déclarer deux jours à l'avance s'il va être gréviste ou non (59%) et l'instaura­tion d'un vote à bulletin secret au bout de huit jours de grève sur la poursuite ou non du conflit (71%). Ces modalités, sont en outre approuvées par toutes les catégories sociodémographiques, y compris, pour une large part, par les salariés du secteur public, même si elles suscitent naturellement plus de réserves auprès de ces derniers - comme des sympathisants de gau­che ­Pour autant, il serait hasardeux de traduire ce soutien ainsi que l'état de grâce Sarkozyen du moment en une conversion des Français au libéralisme économique. Ceux-ci sont ainsi très partagés sur le bien fondé de l'ouverture à la concurrence du marché de l'énergie (47% jugent que c'est une mauvaise chose contre 45% d'avis inverse). Si celle-ci séduit les chefs d'entreprises (54% contre 38% jugent que c'est une bonne chose) et les plus jeunes (plus de 55% chez les moins de 34 ans) elle ne convient ni aux cadres (57% sont contre), ni aux pro­fessions intermédiaires (55%), ni aux Français actifs âgés de 35 à 64 ans (52%), ni aux salariés du secteur public (61%). Source © BVA - Gaël Sliman Directeur délégué de l'institut