Ségolène contre le reste du monde
Publié le 05 octobre 2009 à 10:51
C'est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures recettes! C’est le choix assumé par Ségolène Royal, samedi, pour la deuxième Fête de la fraternité de son mouvement Désirs d’avenir.
Des proches se sont éloignés, la refonte de son site Internet et le rôle politique joué par son compagnon provoquent des critiques, son isolement s’accentue? L’ex-candidate a décidé d’attaquer, dénonçant les complots et livrant quelques méchants en pâture à ses partisans. Attaquer la presse d’abord, parce que le "mediabashing", ça marche toujours. Ségolène Royal s’est donc fait applaudir par les 2000 personnes présentes, dénonçant "le microcosme parisien, dérouté par ma liberté, par mon refus de m’assujettir à leurs codes, à leurs compromissions". Attaquer les absents ensuite, ces responsables qui s’éloignent d’elle, "quelques notables de la politique en attente de jours meilleurs allant faire leur marché ailleurs". Et Royal d’en appeler au peuple des "désirants d’avenir", l’invitant à "rétablir la vérité [nom d’une rubrique de son site, une idée, dit-elle, de son compagnon André Hadjez], sur les faits, sur les paroles, sur les manipulations, sur les faux consensus". Et à refuser de plier "sous les critiques, les dénigrements, les malveillances, les 'boules puantes' comme le disait le général de Gaulle! "
Elle comme de Gaulle, des résistants? Thématique classique, aussi rodée que celle du "peuple contre les gros". A quelques jours de l’ouverture du G20, la présidente de la région Poitou- Charentes a pris pour cible les "banquiers véreux", les "banques qui recommencent à s’engraisser". Effet garanti: "Est-ce qu’un trader est plus utile à la société qu’un médecin, qu’un instituteur, qu’un postier ou qu’une infirmière?" Et, pour compléter le tableau, une charge contre le pouvoir "qui n’a pas intérêt à ce que les gens comprennent, qui parle en notre nom et avec notre épargne". Derrière la facilité, il y a, tout de même, la politique. Au parc de Grammont, Royal s’est posée en opposante de Nicolas Sarkozy, lui lançant un avertissement: "On ne peut pas faire des théories sur le bien-être ou le bonheur national brut à Pittsburgh [où se tiendra le G20] et provoquer le malêtre à Gandrange, Fabris, Molex et Continental. On ne peut pas ouvrir à gauche et gouverner à droite." De quoi redevenir l’incarnation de la gauche face au Président?
Samedi, Royal a voulu acter une nouvelle épopée. Elle a appelé à accompagner le dépassement du Parti socialiste. Un terme vague? "Ce mot de dépassement, c’est prendre acte des limites du système partisan. Ségolène est passée à autre chose, elle voit plus grand que le seul PS", dit sa porte-parole Najat Vallaud-Belkacem. "Elle n’a pas agressé le parti, ça me va", tranche Robert Navarro, puissant patron de la fédération socialiste de l’Hérault, qui a assisté à la fête.
"Ségolène, c’est un TGV, une locomotive"
Avec ou sans le PS? Cette année, les fans de Ségolène étaient aussi, majoritairement, des adhérents du parti qu’il faut "dépasser". Avec ou sans les vieux appareils? Royal l’indépendante, a reçu le soutien appuyé et peutêtre embarrassant du terrible Georges Frêche, le contesté président de la région Languedoc- Roussillon: "C’est une femme moderne, elle fait bouger les lignes…" Mais les lignes qui bougent dessinent un paysage flou. Samedi, on sentait les absences des fidèles récemment écartés ou écoeurés. Dominique Besnehard n’est plus là pour être le griot de sa candidate, et ses amies les stars ont manqué à l’appel. Restait simplement un peuple ségoléniste forcément aimant, et inconditionnel, même quand il ne comprend plus. "Ségolène, c’est un TGV, une locomotive ; nous, on est les wagons derrière, on a parfois du mal à suivre, soupire Francine, arrivée des Hauts-de- Seine, après dix heures de car. Je lui fais confiance, elle reprend les choses en main, mais parfois je suis perdue." Et Francine de regretter le départ de Jean-Pierre Mignard, meilleur ami de Royal et président débarqué de Désirs d’avenir: "La méthode est un peu cavalière." D’autres fans n’ont pas ces états d’âme. "Les médias accusent tout le temps Ségolène", assène le jeune Lyonnais Karim. Heureux sont les croyants assiégés.